Afrique : les anglophones prennent le TGV, les francophones roulent sur les routes (cabossées)

Le Nigéria a lancé sa première ligne de train à grande vitesse entre Lagos et Kaduna. Signe évident d’une avance économique spectaculaire de l’Afrique anglophone. Mais qu’en est-il des pays francophones?

Minés par des guerres et le terrorisme, les pays du pré-carré francophone trainent sur des routes cahoteuses. Entre temps, le lancement de satellites à partir du Nigéria et construction du TGV, le premier en Afrique subsaharienne, donnent une nette vision des pas de géant franchis par la zone anglophone.

Les  grandes infrastructures fleurissent. Le Nigéria a inauguré le mardi 26 juillet, le premier train TGV d’Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce qui explique cette bonne santé économique des pays qui  partagent  la langue de Shakespeare? Des économistes se prononcent sur la question.

Le Dr Prao Yao, enseignant-chercheur,  économiste à l’Université  Alassane Ouattara de Bouaké, joint par politikafrique.info, évoque trois  facteurs : culturel, politique et économique. « Les pays anglopho-saxons ont une culture d’entrepreneuriat. Ils n’ont pas peur du risque et aiment la concurrence. Alors que  la zone francophone a une culture gréco-latine, ils ne sont donc pas prompts à l’auto-emploi », analyse-t-il.

Sur le plan de la bonne gouvernance, Dr Prao Yao indique que les indicateurs dans les  pays anglophones  de l’Afrique orientale  et Australe  dépassent  ceux de la zone francophone. « La chose publique est mieux gérée dans les pays anglophones, contrairement à ceux qui parlent la langue de Molière »,  constate l’économiste.

Mauvaise gouvernance, corruption, insuffisances d’infrastructures sont entre autres les maux qui minent l’Afrique francophone, selon le professeur. L’indice de développement humain du Programme des Nations Unies, publié en 2013, affirme que  parmi les six Etats les plus mal classés sur les 187, cinq sont issus des pays francophones.

En sus, Dr Prao Yao souligne que l’Afrique francophone a plus d’entraves règlementaires sur le volet économique comparativement à leurs voisins anglophones. Ce qui explique son retard.

« Au niveau de la monnaie, les francophones ont arrimé leur monnaie au Franc français. Ils sont dans un régime de change fixe qui les empêche d’avoir des économies compétitives. Le cordon ombilical n’a pas été coupé avec la France, l’ancien colon. Tandis que les anglophones ont leurs propres monnaies, ils peuvent donc utiliser leurs variations pour rendre leurs économies compétitives », souligne t-il.

Par ailleurs, l’économiste ajoute qu’en termes d’infrastructures, les pays anglophones bénéficient plus de la mondialisation. « La Chine est beaucoup plus présente en Afrique anglophone » soutient-il.

Le rapport Doing Business de 2015 affirme  que le climat des affaires en zone anglophone y est davantage favorable. Le document précise que les quatre meilleurs réformateurs à savoir le Rwanda, Maurice, le Botswana et l’Afrique du Sud, sont anglophones pour un seul francophone (Maurice).

Les investisseurs privilégient la destination  anglophone car il y est beaucoup plus aisé d’investir. L’environnement des affaires en zone anglophone est propice.

Selon, le Fonds monétaire internationale (FMI), les pays de la Comesa (marché commun de l’Afrique orientale et australe) ont enregistré une croissance régulièrement supérieure à 6%, entre 2004 et 2015.

Cependant, sur la même période, les pays de la zone franc ont, eux, enregistré une croissance de 3,5% en 2009 à 4,9%  en 2015.

Bruno Assouan, enseignant-chercheur à l’UFR des sciences économiques de l’Université Abidjan Cocody, partage le même avis que son confrère Dr Prao. Pour lui,  également le Franc Cfa est un frein à l’émergence de l’Afrique francophone.

« Dans le système  du Franc CFA, les moins économistes sont plus dépendants de la France », explique-t-il.

D’ailleurs, le Président ivoirien, Alassane Ouattara a reconnu qu’il fallait que  la zone franc bouge, lors du 40 ème anniversaire de la zone. « L’heure de l’Afrique a sonné, les pays de la zone Franc ne peuvent rester en marge de cette dynamique. L’émergence à brève échéance constitue un pari à notre portée », avait-il indiqué. En d’autres termes, le sablier commence à d’escompter les jours du Franc CFA.

En dehors de l’Afrique du Sud, le PIB anglophone représente 48% de la production de l’Afrique de l’Ouest, contre moins de 20% pour la zone francophone. Un écart abyssal.

Fanta Gnoungo

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