Agression raciste en Tunisie- Une loi pénale pour punir devant les députés

Suite à une nouvelle agression raciste de trois congolais le week-end de noël, le  Premier Ministre Tunisien, Youssef Chahed est monté au créneau. Il a annoncé ce lundi 26 décembre, l’examen en urgence par le parlement d’un projet de loi  pénalisant le racisme dans son pays.

Depuis quelques mois, la Tunisie est en proie à une recrudescence d’agression raciste contre les africains noirs.  Deux femmes et un homme, tous de nationalité congolaise ont été agressés  au couteau, en plein centre ville de Tunis, la capitale, le 24 décembre dernier par un tunisien.
« Il faut une stratégie nationale afin de changer les mentalités », a déclaré le Premier Ministre Youssef Chahed.

Selon lui, « L’initiative législative présentée il y a presque deux ans au Parlement est une étape vers la poursuite des auteurs de ces crimes. »
Le chef du Gouvernement a également promis faire du 26 décembre, une « journée nationale contre la discrimination raciale ». Avant d’ajouter qu’ « Il est de notre devoir d’entamer la discussion sur ces sujets tabous. La discrimination raciale constitue une atteinte aux droits de l’homme », a-t-il condamné.

Joint par politikafrique.info, Palé Dimaté, spécialiste ivoirien des questions internationales, estime que ces attentats sont dûs au nombre important des immigrés dans le pays.
« Je crois que le racisme aujourd’hui dans certains Etats est dû au fait qu’il y a  beaucoup d’immigrés qui viennent et souvent occupent beaucoup d’emplois. Les immigrés étant la main d’œuvre bon marché, les grandes entreprises préfèrent donc les employés au détriment des autochtones qui pourraient demander un salaire plus élevé. Du  coup les autochtones ont des problèmes d’emploi », soutient le spécialiste.

Il poursuit son analyse, indiquant que  ce sont des éléments qui sous-entendent ce genre d’agression. «Cela entraîne un ressentiment des autochtones vis-à vis des étrangers », relève-t-il.
Les étudiants et travailleurs de l’Afrique subsaharienne vivant en Tunisie, ont manifesté au lendemain de cette agression, pour dénoncer ces violences dont ils sont victimes.

Pour l’heure, la Tunisie n’a pas encore de loi pénalisant le racisme. C’est la raison pour laquelle, le  Premier Ministre, Youssef Chahed a invité les députés à réfléchir en urgence sur un projet de loi coercitif.

Palé Dimaté salue l’initiative du chef du Gouvernement. « Je suis heureux que le Premier ministre prenne des mesures en la matière pour combler le vide juridique. Nous tirons le chapeau au Premier ministre qui de manière prompte a eu cette initiative de demander à l’Assemblée de voter une loi qui va donc punir ce genre d’agissement », se réjouit l’ex-député de Bouna (Est du pays).
Selon lui, si cette loi est adoptée, « elle va permettre à tous les immigrés d’avoir un certain nombre de privilèges ».

Toutefois, il estime que la loi ne fera pas disparaître totalement le racisme en Tunisie, car il existera toujours un racisme de fait.

Dr Fofana Memon, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université Péléforo Gon (Nord, Korhogo) indique, quant à lui qu’il « faut mettre fin à ces agressions racistes car tous les peuples sont au même niveau d’égalité ».

Il soutient qu’aucun peuple n’est supérieur aux autres, car chaque peuple est irréductible.
Le sociologue fait savoir qu’en dépit du fait que la Tunisie soit un pays africain, « la jeunesse tunisienne en majorité ne se sent pas trop africaine, elle se sent supérieure », soutient-il.

En  juin 2016, les associations des droits de l’homme de la Tunisie ont proposé un projet de loi criminalisant toute forme de discrimination. Elles ont bénéficié du soutien des députés de la coalition gouvernementale qui avaient  promis porter le projet.

L’agression des trois congolais rappelle celles de la jeune Saby Kitoko et du jeune étudiant camerounais en novembre dernier.

Gnoungo Fanta
Source : politikafrique.info

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