Boycotter le referendum : L’aveu d’une grande faiblesse et une faute politique

Le boycott d’une élection est une arme efficace, lorsque ceux qui en appelle au boycott sont suffisamment forts et représentatifs des aspirations du peuple.

En appelant à boycotter le référendum sur la nouvelle Constitution, l’ancien parti présidentiel de Gbagbo, le FPI, entend délégitimer l’action du pouvoir.

Mais, lorsque cet appel est lancé par un parti politique comme le FPI, aujourd’hui fragmenté et en perte de vitesse, il devient l’aveu d’une grande faiblesse. Personne ne s’y trompe : ce qui veut apparaître comme une stratégie est en réalité le masque destiné à cacher une défaite programmée, défaite qui risque d’être une humiliation pour celui qui souhaite incarner l’opposition.

Le quotidien L’Intelligent d’Abidjan, dans son édition du samedi 15 octobre 2016 titre ainsi un de ses articles : « Affi va boycotter le référendum mais espère gagner les législatives ».

Le boycott va affaiblir encore plus le FPI, qui risque de disparaître du paysage politique ivoirien. Il faudrait, pour que le boycott ait un sens organiser des débats démocratiques dans tout le pays au travers de comités capables de proposer des transformations de l’organisation politique et sociale de la Côte d’Ivoire.

Le FPI en a-t-il la capacité et les moyens ? La réponse est évidemment non. Le parti est exsangue financièrement et ses dirigeants se déchirent. Le boycott, si l’abstention est forte, va permettre à AFFI de dire qu’il a été entendu par le peuple auquel il a redonné ainsi toute sa souveraineté.

Ces « victoires » sont des fausses victoires, car l’abstention sera forte. Les Ivoiriens ont d’autres préoccupations que celle qui consiste à lire et à s’interroger sur tous les articles de la nouvelle Constitution. Le débat sur la Constitution se situe dans la stratosphère des idées. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Les Ivoiriens vont répondre à Ouattara et le « OUI » va très largement l’emporter, car ils comparent les 10 ans du règne de Gbagbo et les 5 ans du mandat d’Alassane Ouattara. Malgré la grogne sociale, malgré certaines inquiétudes, malgré l’absence de renouvellement dans les gouvernements successifs depuis 2010, les Ivoiriens sont convaincus que les orientations prises par le pouvoir vont dans le bon sens.

Mais, la victoire inéluctable du « OUI » ne mettra pas Ouattara à l’abri de la grogne sociale et du mécontentement.
C’est pour cela que l’appel au boycott est aussi, pour l’opposition, une faute politique. Plutôt qu’une marche de protestation ou un « sit-in » devant l’Assemblée, il fallait multiplier les comités dans les quartiers de façon à aller à la rencontre des Ivoiriens et débattre avec eux des propositions du FPI-AFD pour transformer la société. Dans une démocratie, la reconstruction d’un parti politique passe nécessairement par l’obligation de compter ses voix à chaque élection.

Les Ivoiriens ont tourné la page des années Gbagbo et ils ne veulent plus de cette manière ancienne de faire de la politique qui consiste uniquement à vouloir « arracher » le pouvoir à un ennemi. Si le FPI souhaite reconquérir le pouvoir, il doit le faire dans le respect des règles de la démocratie et en participant à toutes les élections. Il doit aussi se mettre en ordre de marche et se préparer en organisant des conventions thématiques sur tous les sujets.

Or, depuis 2010 et la défaite de Gbagbo, le FPI se déchire dans une mortifère guerre des « égos ». Où sont les idées ? Où sont les propositions ? Où est la relève ? Le choix du boycott rend encore plus visible l’absence d’idées, de propositions et de relève, comme il ne permet pas rendre au peuple sa souveraineté.

Quant à la démocratie et à la République, elles ont à souffrir de l’absence d’une opposition crédible.

Christian Gambotti

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