Burkina Faso : Un « présimètre » la bonne gouvernance, les ONG ivoiriennes en embuscade

La société civile burkinabé a mis en place un instrument d’éveil citoyen sur la bonne gouvernance, appelé « présimètre », pour suivre et contrôler le programme de gouvernance du Président Roch Marc Christian Kaboré. Un tel baromètre de bonne gouvernance ne serait-t-il pas le bienvenu en Côte d’Ivoire ?

Le « présimètre », plateforme de veille citoyenne, a été lancé le vendredi 24 février dernier. Lucien Ouédraogo, initiateur du projet, explique à Politikafrique.info que le « présimètre » est  un mécanisme de redevabilité sociale  pour permettre une participation et une veille citoyenne. Ce, afin de suivre les politiques publiques (santé, éducation, sécurité, eau etc.).

Selon lui, ce n’est pas le mandat du Président Roch Marc Kaboré en tant que tel qui les intéresse mais de « suivre ce qu’il a dit qu’il fera et ce qu’il fait effectivement ».

« En privilégiant l’usage des TIC nous voulons que le  suivi soit fait en temps réel mais aussi permettre aux burkinabé de l’extérieur d’y contribuer », a-t-il précisé.

Le « présimètre » burkinabé de contrôle de l’action gouvernementale est salué par les organisations  civiles de  Côte d’Ivoire. Elles entendent s’inspirer de cette plateforme pour booster la bonne gouvernance  pour le bien-être des ivoiriens.

« Cette plateforme est un instrument de démocratie, elle permet de rendre visible tout ce que les politiques font. De plus en plus, les organisations africaines civiles se professionnalisent et prennent leurs responsabilités. Je ne peux que féliciter le Burkina Faso», soutient Dr Marie-Paule Kodjo, Présidente de la Coordination des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la reconstruction Post crise (COFEMCI-REPC) à politikafrique.info.

Par ailleurs, elle fait savoir qu’au niveau de la Côte d’Ivoire, il existe également une structure à peu près  similaire au « Présimètre ». Il s’agit du mécanisme d’évaluation Africain par les pairs (MAEP) qui permet aussi de contrôler les politiques publiques. Mais ce mécanisme est encore méconnu du grand public.

« Le MAEP est né en Côte d’Ivoire en 2016. Nous sommes en train de mettre en place les différents réseaux par région dans le pays.  J’espère que nous aussi, ivoiriens, nous saurons grâce au MAEP faire quelque chose de cet instrument pour obliger et aider nos dirigeants à travailler pour le bien-être de la population », espère  la présidente du COFEMCI-REPC.

Le MAEP a été adopté en 2003 au Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africain au Nigéria. Il regroupe 35 pays membres dont la Côte d’Ivoire. Il  a pour objectif d’améliorer la bonne gouvernance dans ces Etats, sert de plateforme d’échanges d’expériences des bonnes pratiques de démocratie et de gouvernance entre les pays membres.

Djédjé Christian, responsable de l’organisation des jeunes leaders de Côte d’Ivoire (OJLCI), estime en revanche que la mise en place d’un tel baromètre en Côte d’Ivoire sera difficile.

A l’en croire, les ONG ivoiriennes sont pour la plupart  politiciennes, alors que pour mieux suivre et contrôler les politiques publiques, la plateforme doit être apolitique et indépendante. Non sans toutefois préciser qu’avec une ferme volonté, ils pourront y arriver.

Pour Me Yacouba Doumbia, président du Mouvement ivoirien des droits de l’homme (MIDH),  ce projet serait le bienvenu en Côte d’Ivoire, car essentiel pour la construction de la démocratie.

« La démocratie, c’est surtout le contrôle par les citoyens de l’exécution des projets gouvernementaux. Concernant la Côte d’Ivoire,  cela manque, nous sommes une société civile où il y a beaucoup d’engagement, mais l’engagement est dans un désordre de tel sorte  qu’on n’arrive pas à influer sur les politiques publiques, c’est dommage », déplore le président MIDH.

Selon lui, il faut donc beaucoup plus d’engagement qualitatif des associations civiles, en vue de contribuer à l’encrage de la démocratie.

Cependant, il note que pour contrôler, il faut que la société civile soit elle-même exempte de reproche. « Très souvent ce qu’on reproche aux pouvoirs publics, nous-mêmes ne sommes pas exempts de ces reproches », regrette-il.
A quand donc un « présimètre » ivoirien dans un contexte de dénonciation accrue de la corruption rampante ?

Gnoungo Fanta
Source : rédaction politikafrique.info

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