CEDEAO – Israël courtise, le Maroc choyé, les intérêts en jeu

La Cedeao est de plus de plus courtisée. Israël et le Maroc s’intéressent à la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Que gagnent l’Etat hébreux et le royaume du Maroc à se rapprocher des pays de l’Afrique de l’Ouest ?

Le 51 ème sommet de l’organisation ouest-africaine qui a eu lieu du 3 au 4 juin 2017 à Monrovia au Libéria, a été marqué par la présence du Premier Ministre israélien, Benyamin Netanyahu, dont on dirait le  pays loin des intérêts de ceux de la de sous-région ouest-africaine. Mais, il était bien là, signe qu’il entend mettre la patte à l’étrier pour enfourcher le cheval de la croissance. Cette invitation spéciale de Benyamin Netanyahu n’a pas été du goût de Rabat dont le Roi Mohamed VI s’est abstenu d’effectuer le déplacement de Monrovia. Pourtant le Maroc devait y être présent pour recevoir la réponse à  sa demande officielle d’intégration de la communuaté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Un État qui bénéficiait du soutien de l’ivoirien Alassane Ouattara dont le pays a des liens très étroits avec Rabat. Pourquoi ces Etats s’intéressent-ils maintenant à la Cedeao ?

Pr Dogbo Pierre, directeur de l’école de Sciences politiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, décrypte pour politikafrique.info les enjeux de la présence israélienne au sommet de la Cedeao et la demande d’adhésion du Maroc  au sein de l’organisation.

« Aujourd’hui, Israël est comme un pays isolé qui a besoin de rompre son isolement et comme l’Afrique est l’enjeu du 21ème siècle, toutes les puissances non africaines ont intérêt à avoir une présence en Afrique, car il ne faut pas perdre de vue que les relations internationales sont d’abord des relations d’intérêts. L’Afrique est aujourd’hui le seul continent qui a une croissance économique en moyenne de 4 à 5 % l’an, donc en dehors des crises et guerres, l’Afrique est un continent porteur », soutient le politologue.

Poursuivant, il indique que la  présence d’Israël à ce sommet de la Cedeao est une volonté pour l’Etat hébreux de s’impliquer dans les questions qui touchent l’Afrique et de sortir de l’isolement dans lequel il se trouve au proche et Moyen-Orient.

La participation du Premier Ministre, Benyamin Netanyahu, au 51ème sommet de la Cedeao est le cheminement d’un processus de rapprochement avec les pays africains,  initié ces dernières années par Israël. «Israël est de retour en Afrique et l’Afrique est de retour en Israël. Je crois en l’Afrique, je crois en son potentiel, présent et futur. C’est un continent ascendant », a déclaré Benyamin Netanyahu au sommet. Non sans préciser « réaliser un rêve » en participant à ce 51è sommet de la CEDEAO.

Ainsi, l’invité spécial du 51ème sommet a annoncé, entre autres, un plan d’investissement d’un milliard de dollars dans les énergies renouvelables sur le contient et l’organisation du premier sommet Israël-Afrique en octobre prochain, au Togo, dont le président, Faure Gnassingbé, a pris la présidence de l’organisation sous-régionale après le mandat de Helen Johnson Sirleaf, la présidente du Libéria.

L’Etat Hébreux  qui avait suspendu sa coopération avec le Sénégal, suite au vote  Sénégalais d’une résolution de l’ONU en 2016, condamnant la colonisation des territoires palestiniens, a décidé  lors  du 51 ème sommet de  renouer ses relations avec ce pays africain.

Comme l’indique le Pr Dogbo Pierre, Israël veut donc se donner plus de poids sur la scène internationale en se rapprochant des pays membres de la Cedeao qui ont une préférence pour la Palestine.
Intérêts pour le  Maroc

Depuis quelques années, le Royaume du Maroc est plus actif sur le continent et investit dans plusieurs secteurs d’activités. Banque, avec le géant africain Attijariwafa Bank, qui a repris la société ivoirienne de banque (SIB) de Daouda Coulibaly en Côte d’Ivoire, assurance, avec bientôt Wafa Assurance, telecom, avec le rachat de Moov, un pôle touristique en construction sur la baie lagunaire à Abidjan font de la capitale économique ivoirienne, le socle de la présence marocaine en afrique de l’Ouest. La fourniture en engrais relève aussi du savoir-faire du Maroc en Côte d’Ivoire. Mohamed VI a porté en personne cette « éco-diplomatie » avec des résultats tangibles en termes d’emplois pour la jeunesse ivoirienne et ouest-africaine.

Le roi Mohamed VI a effectué de nombreuses visites d’Etat dans les pays d’Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’ Ivoire et au Sénégal, où il a signé différents accords de coopération économique.

En Janvier dernier, le Maroc a rejoint l’Union africaine après un lobbying intense. Et en février 2017, c’est-à-dire, un mois après son arrivé au sein de l’UA, le pays a adressé sa demande d’adhésion à la Cedeao.

En ce qui concerne la demande du Maroc d’intégrer la Cedeao, Pr Dogbo Pierre explique que c’est également la forte croissance et la vitalité économique de l’Afrique de l’Ouest qui incite le Maroc à vouloir être membre à part entière de la communauté. « Pourquoi le Maroc qui avait plus intérêt à être membre de la ligue arabe ou du  Maghreb uni en Afrique du nord se tourne brusquement vers l’Afrique de l’Ouest ? C’est dire que l’Afrique de l’ouest est un enjeu géo-économique majeure, à laquelle beaucoup de pays voient aujourd’hui une occasion pour se positionner », relève-t-il.

Au jeu des intérêts, les 12 présidents sur les 15 présents à Monrovia, ont demandé au président de la Commission de la CEDEAO, le béninois Marcel De Souza, de préparer les actes qui permettront l’intégration effective du Maroc à la CEDEAO, après qu’il aura mené au préalable une étude d’impact sur cette intégration. Mais plusieurs jours après la fin de ce sommet, aucun communiqué officiel n’a sanctionné cette rencontre, sujet de préoccupation sur d’éventuelles dissensions entre les présidents présents. Si on s’en tient à la recommandation faite à Marcel De Souza par les présidents ouest-africains, il s’agit bien d’étudier et préparer les actes  » de naissance » du Maroc autour de la table de décisions de la CEDEAO. La Tunisie, quant à elle, a été admise, à la faveur de ce sommet, comme observateur de la CEDEAO.

Même s’il a perdu sa place de leader dans les investissements, au profit de la France, selon le bilan du CEPICI (Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire), le Maroc réalisait 22% des investissements en Côte d’Ivoire en 2015. En Afrique subsaharienne, ce sont 62% des investissements directs étrangers (IDE) qui portent la couronne marocaine de Rabat.

Pour Pierre Dogbo, politologue ivoirien, il appartient aux pays de la Cedeao de comprendre les enjeux, en menant une politique internationale profitable à leur région. Chacune des parties veut bien y croire.

Gnoungo Fanta
Source : rédaction Politikafrique.info

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