Chefferie traditionnelle- Plus politique que sociale

Ce lundi 24 octobre, les Chefs et Rois ivoiriens rencontrent le Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, à Yamoussoukro pour un nouvel engagement.

Novembre 2010, second tour de la présidentielle qui met aux prises Laurent Gbagbo, groggy, qui vient de manquer son « coup KO », à Alassane Ouattara, soutenu par la coalition du RHDP avec pour figure de proue, Henri Konan Bédié. Pour faire bien comprendre l’importance de ce soutien, les chefs Baoulé et Akan se retrouvent dans la cour de Félix Houphouët-Boigny pour lancer l’appel pour « Allah Gnissan ». La suite, on la connait, une concrétisation du mot d’ordre dans les urnes qui contribue à faire gagner le petit-fils de l’Empereur de Kong, Sékou Ouattara.

Octobre 2015 n’a pas échappé au rituel du pacte entre chefs et Rois et les politiques du RHDP (Coalition au pouvoir). Ce 24 octobre, le Président Alassane Ouattara sera une fois de plus devant les têtes couronnées pour solliciter leur implication dans la campagne pour le « OUI » massif pour le vote du projet de Constitution.
Absente des grands débats sociaux comme les mouvements de grève dans les universités publiques du pays, les perturbations à l’école primaire du fait du changement du volume horaire avec l’introduction du mercredi matin, les menaces des syndicats de la Fonction publique et d’autres sujets d’importance sociale, ces mêmes chefs et Rois, sont alertes derrière des problématiques plus politiques.

Il n’est certes pas question pour eux de se substituer au gouvernement mais, leur implication pourrait, dans certains cas, faire baisser l’adrénaline. Ce pays n’a-t-il pas fait du dialogue son arme fétiche pour aboutir à la paix ?

Les chefs et Rois, souvent divisés et regroupés autour de leaders politiques régionaux, sont dits apolitiques et constituent le premier maillon de l’administration.
Sur le rôle de la chefferie traditionnelle, Dr Kouakou Albert, Sociologue  explique à Politikafrique.info que « Le chef dans la société traditionnelle était le garant de l’ordre moral, économique et culturel. C’est lui qui régissait la vie politique de la société, vie politique devant s’entendre au sens de la recherche permanente de l’équilibre, de l’égalité et du consensus social. A ce titre, il n’était pas un dictateur mais celui qui est à l’écoute du peuple et qui concilient les positions divergentes pour le bien être de sa population et pour l’harmonie sociale. »

Du point de vue du sociologue, « Depuis quelques années cependant, force est de reconnaître que le chef traditionnel n’est plus celui qui écoute le peuple et traduit sa volonté mais plutôt celui qui se met au service d’une cause politicienne. En clair, le chef après avoir donné sa parole à l’homme politique, rencontre le peuple et lui dicte sa position sous le sceau vigilant des mannes  des ancêtres. Je veux dire qu’il fait maudire quiconque s’opposera à sa décision en scellant la réunion avec une libation » analyse-t-il.
Du côté de l’opposition, Jean Bonin Kouadio du  FPI n’est pas en phase avec cet usage de la chefferie traditionnelle.

Il estime que « Malheureusement en Côte d’Ivoire, la chefferie traditionnelle est utilisée juste comme une décoration. Certaines cérémonies, cela fait bien d’exposer comme des objets de décorations, des têtes couronnées de nos différentes contrées pour donner l’impression qu’il soutienne un projet ou un homme politique. Ce qui en réalité n’est pas vrai. Pour ce qui concerne la Constitution, on aurait souhaité que le Chef de l’Etat rencontre toutes les forces vives de la nation bien avant son comité d’experts qu’il a nommé et n’écrive son testament. On aurait souhaité que cette Constitution soit l’émanation de toutes les couches sociales de la Côte d’Ivoire. Mais ce travail préalable, préliminaire n’a pas été fait.  Maintenant qu’il a obtenu sa Constitution, il cherche à la faire valider, entériner par le peuple. Et, la meilleure façon de faire passer la pilule, c’est de s’afficher avec les garants de nos traditions qui sont les chefs traditionnels, dont aujourd’hui, le chef de l’Etat se sert pour faire campagne alors qu’on le mentionne souvent, les chefs traditionnels, les rois, ne parlent pas. » dénonce le proche d’Affi N’GUESSAN.

« Je trouve que c’est malsain de les utiliser à des fins politiques. Notamment, quand il s’agit d’un sujet aussi important que la Constitution. Là où on attend le chef de l’Etat, c’est de laisser les ivoiriens s’exprimer. Nous avons vu qu’aujourd’hui, une certaine opposition à décider de faire une marche, elle a été violemment réprimée. Le chef de l’Etat utilise les moyens de l’Etat, les finances de l’Etat les milliards de l’Etat que sont les médias de l’Etat, la télévision, la radio pour battre campagne, tout comme les médias de  l’Etat,  la presse locale pour battre campagne, pour imposer cette Constitution, finira par la proclamer. En tous cas nous du Fpi, nous ne sommes pas concernés » rappelle Bonin Kouadio.

Mamadou Traoré, cadre du RDR de la région de la Bagoué « trouve que, sans le vouloir peut être, on transforme nos chefs religieux en des acteurs politiques alors qu’ils devraient être les garants de la tradition et de la cohésion sociale. »

Il soutient que « Demander aux chefs traditionnels de faire la promotion de la Constitution peut avoir son sens, bien qu’il pourrait être perçu comme une action politique. N’oublions pas que la Constitution qui sera soumise au vote le 30 Octobre accorde une place importante à la chefferie traditionnelle » insiste-t-il.

Pour lui, « Qui mieux donc que les chefs traditionnels peuvent faire sa promotion?  Je crois que c’est le sens de leur implication dans la campagne du Oui » avant de reconnaître que « leur absence des débats sociaux et leur omniprésence au sein des débats politiques n’est pas faite pour leur donner l’image de neutralité qu’on voudrait leur donner. »

Dans une déclaration parue dans la presse ce vendredi 21 octobre, Nanan Désiré Amon Tanoé, président de la Chambre des Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire indique que le vote du projet de Constitution servira « d’opter pour ou de refuser les fondations d’une Nouvelle Maison Nationale.»

« Certes, il ne s’agira pas d’élire un Président de la République, il ne s’agira pas d’élire des députés, il ne s’agira pas d’élire des Conseillers régionaux ou des Maires où il faut opérer des choix entre plusieurs Partis politiques en compétition pour des postes politiques. Dans ces situations, le Chef Traditionnel, père de toutes les filles et de tous les fils de son village et au-delà, de toute la Côte d’Ivoire, le Chef Traditionnel n’a pas le droit d’afficher son appartenance politique au risque de perdre sa crédibilité dans le règlement des litiges et son aptitude à résoudre des crises postélectorales éventuelles. Mais le 30 octobre, il s’agira d’opter pour ou de refuser des fondations d’une Nouvelle Maison Nationale. »

« En effet, cette nouvelle Constitution pose les fondements d’une Côte d’Ivoire stable, de paix, de cohésion sociale et de développement durable » estime Nanan Désiré Amon Tanoé avant de lever un appel pour le vote « massif du oui » le 30 octobre prochain.
Apolitique ou intérêt national, le choix est fait.

Adam’s Régis SOUAGA
Source : Rédaction, Politikafrique.info

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