Côte d’Ivoire – Multiples coalitions politiques, l’opposition cherche ses marques 

Effet de mode ou signe extérieur de difficultés à remonter la pente ? En Côte d’Ivoire les coalitions ne cessent de s’enchaîner. Surtout dans le camp de l’opposition politique qui fait et défait les coalitions.

Ce jeudi 20 avril 2017 aura lieu le lancement de  »Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS), une nouvelle plate-forme de partis politiques et de personnalités essentiellement proches de l’opposition en Côte d’Ivoire. Cette créativité n’est pas la première du type. En Côte d’Ivoire, les alliances politiques se font et se défont. Depuis la fin de la crise postélectorale qui a secoué le pays de 2010 à 2011, l’opposition est leader dans ce jeu. L’on dénombre à son compte au moins six coalitions créées de 2014 à 2017, auxquelles vient s’ajouter désormais l’EDS.

C’est en premier  »l’Alliance des forces démocratiques (AFD) » qui voit le jour le 26 mars 2014 en remplacement du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD). Elle est dirigée par le Front populaire ivoirien (FPI). Cette coalition encore présente sur la scène, était autrefois composée d’une douzaine de partis politiques d’opposition proches de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo. Deux mois plus tard en mai, une fronde au sein du FPI et dirigée par Abou Drahamane Sangaré s’allie à plusieurs autres formations politiques proches de l’ex-chef de l’Etat ivoirien et de hauts cadres du PDCI en disgrâce avec leur parti, pour former la défunte  »Coalition nationale pour le changement (CNC) ».

A sa suite, en août 2014, est mis sur pied le  »Collectif des partis de l’opposition démocratique (CODE) » composé de 23 formations d’opposition. Plus tard, en novembre 2014, naît également la  »Plate-forme des centristes » avec Henriette Lagou l’ex-candidate à la présidentielle de 2015. Courant octobre 2016, ce sont les défuntes  »Coalition du non » du Pr Bamba Moriféré, et le  »Front du refus » initié par Danièle Boni Claverie qui font leur arrivée sur la scène. Ce jeudi 20 avril naîtra  »Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS). Toujours avec plus ou moins les mêmes acteurs politiques.

La différence de cette plate-forme d’avec les autres, réside dans « la volonté » des ivoiriens de « se battre ensemble pour faire barrage à l’anti-démocratie et restaurer la démocratie » explique Pr Bruno Gnaoulé Oupoh, un des vice-président du FPI, proche de Sangaré Abou Drahamane. Mais à la « condition que ce combat soit organisé dans un cadre sérieux et crédible », et « autour des idéaux et du combat du président Laurent Gbagbo », renchérit Pr Bruno Gnaoulé Oupoh, dans une interview accordée au confrère « Le Temps » du mardi 18 avril 2017.

Dans le camp Affi N’Guessan, l’on salue l’initiative. Toutefois, l’on est curieux de connaître l’idéologie qui entoure cette plate-forme. « Ce n’est pas mauvais, c’est une bonne chose. Seulement, l’opposition ivoirienne a des problèmes de leaderships. Il ne faut pas faire une coalition pour en faire. On y met quoi ? », s’interroge Diabaté Bêh, le secrétaire national du FPI chargé d’Abobo et Anyama, joint par Politikafrique.info.

De l’avis des observateurs, la création de ces multiples plates-formes est le signe de ce que l’opposition politique cherche ses marques au point d’essayer différentes combinaisons. Danièle Boni Claverie, la présidente de l’Union républicaine pour la démocratie (URD) et initiatrice de l’ex-Front du refus, n’est pas de cet avis. « C’est très bien. Cela montre au moins qu’on est vivant. Il faut toujours essayer. Ce n’est pas parce que vous avez échoué qu’il faut abandonner. Il faut se relever, puis recommencer. Mais vous recommencez en ayant tiré des leçons du passé, donc avec de nouvelles normes. Et pour moi, il est essentiel de prendre connaissance de ces nouvelles normes avant de me prononcer sur la nouvelle plate-forme. Sinon c’est une bonne chose de chercher tous les moyens de s’unir. On va à nouveau essayer de voir et je le répète, en tirant toutes les leçons du passé. Parce que sinon, on serait toujours à aller dans le mur », commente l’ancienne ministre de la Communication.

Diabaté Bêh lui, fait une nuance. A l’en croire, ces multiples alliances qui se font et se défont ne concernent qu’une partie de l’opposition. « C’est dommage. Mais c’est une partie de l’opposition qui se cherche. Elle ne veut pas reconnaître la justesse des positions du FPI. Et elle est en même temps à la recherche des moyens pour affaiblir le FPI. Mais, c’est peine perdue », soutient le collaborateur d’Affi N’Guessan.

Dr François Adou, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody, géopolitologue estime que « s’il y a eu une nouvelle coalition, c’est parce que l’ancienne a montré ses limites ». Toutefois, l’universitaire estime que l’efficacité de ces regroupements se constatera dans leur capacité à être en phase avec la population. « … Si d’un côté le parti au pouvoir peut s’organiser, de l’autre également, l’opposition peut s’organiser. Maintenant, il faut se demander si c’est le nombre de coalition qui fera la différence ? Je répondrai non. Pour moi, c’est leur capacité à s’adapter sur le terrain, leur capacité à faire des propositions auxquelles pourraient adhérer la masse qui peut leur donner une crédibilité », analyse pour Politikafrique.info Dr François Adou.

Richard Yasseu

Source : rédaction Politikafrique.info

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