Côte d’Ivoire-Santé, Halte aux faux médicaments

La vente illicite de médicament est remise au goût du jour en Côte d’Ivoire après la saisie de 200 tonnes de faux médicaments dans la capitale. Raymonde Goudou Coffie, ministre ivoirienne de la Santé et de l’Hygiène publique interpelle les pharmaciens sur le fléau. Dr Charles Boguifo, président de l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire interrogé par politikafrique.info réagit.

C’est un serpent de mer. La vente illicite de médicaments au marché d’Adjamé-Roxy dans la commune d’Abidjan persiste. Si d’habitude, les médicaments venaient de pays extérieurs, un circuit local de fabrication de faux médicaments a été découvert à Abidjan. 200 tonnes de médicaments issues de ce trafic ont même été saisies par les autorités sanitaires du pays.

Des enquêtes prouvent que la chaîne du marché au noir bénéficie de la complicité de certains pharmaciens. C’est ce que rappelle Raymonde Goudou Coffie, ministre ivoirienne de la Santé et de l’Hygiène publique. « On me dit que certains pharmaciens sont impliqués dans la livraison. On a fait des enquêtes, j’ai eu des résultats sur leur contribution dans la livraison de médicaments au marché Roxy. Nous en avons la preuve. Pour le moment, j’ai mis le dossier sous le coude. Le gouvernement a été informé. Nous allons prendre des mesures. Si j’ai mis le dossier sous le coude, ce n’est parce que je ne veux pas sanctionner.  Nous sommes engagés dans une phase de sensibilisation d’abord», révèle-t-elle  à l’ouverture d’un séminaire sur les performances du secteur pharmaceutique ce 20 avril à Cocody-Abidjan. Pour elle, la nouvelle politique sanitaire ivoirienne  ne saurait être un plein succès sans la participation active de tous par une bonne gouvernance et une lutte acharnée contre la fraude. Interrogée en marge de la rencontre, Raymonde Goudou Coffie invite les pharmaciens à respecter les textes de loi. « Il s’agit, entre autres, de ne pas contribuer à la mise à disposition des médicaments sur le marché, les médicaments faux, illicites, contrefaits et autres. Plus il y aura un marché de médicaments hors de l’officine, ils pourront bénéficier du fruit de leur travail », indique la ministre.

Plusieurs fois annoncé, le démantèlement du marché d’Adjamé-Roxy peine à être effectif. Interpellée sur le sujet, Raymonde Goudou Coffie s’explique:« Nous faisons des approches auprès de ces 8000 femmes qui sont concernées par le marché Roxy, nous n’allons pas passer notre temps à sensibiliser. Il était important de passer par cette phase de sensibilisation avant la répression. Nous ne voulons pas donner de date car il y a des éléments à chaque fois  qui nous oblige à continuer la sensibilisation. Nous sommes un Etat de droit et la vente illicite de médicaments n’est pas légale », insiste le membre du gouvernement.

Mis en cause, les pharmaciens reconnaissent l’existence de « brebis galeuses » dans leur rang. C’est ce que dit en substance Dr Charles Boguifo, président de l’Ordre des pharmaciens de Côte d’Ivoire, interrogé par politikafrique.info. « Au niveau du conseil national de l’Ordre, nous avons mis en place une politique pour surveiller les achats des différents pharmaciens. Nous menons également des enquêtes. Lorsque des pharmaciens sont interpellés avec des preuves, ils font l’objet d’une chambre de discipline et nous sommes déjà  allés dans le cas d’espèce, à une radiation d’un pharmacien. On peut aller dans certains cas, à la fermeture de l’officine », précise Dr Charles Boguifo. Il dédouane toutefois l’ensemble de la corporation au sujet de la vente illicite des médicaments. « La plupart des personnes interpellées ne sont pas des pharmaciens. Près de 200 tonnes de médicaments. Le marché est fourni avec des médicaments qui viennent de l’extérieur. Malheureusement, il y a des brebis galeuses parmi les pharmaciens, mais ce ne sont pas elles qui font l’essentiel du marché illicite », insiste Dr Boguifo.

Quelles solutions pour ramener les consommateurs vers les officines légales ? « Un élément qui peut mettre fin à la vente illicite du médicament est la mise en pratique réelle de la Couverture maladie universelle. Si la population n’a pas à payer de médicaments pour se soigner, elle n’aura pas intérêt à aller acheter les médicaments dans les marchés », estime le président de l’Ordre des pharmaciens. Quant à la ministre, elle rappelle que  L’Etat ivoirien mène une lutte contre les médicaments contrefaits. Selon elle, en plus de la sensibilisation, le gouvernement veille à ce que les prix en officine permettent aux populations d’accéder aux soins. « Les médicaments génériques, nous en faisons la promotion. Ces médicaments sont à moindre coût, ont la même qualité, la même performance que les autres médicaments. (…) Nous venons de signer un arrêté, il y a trois jours, qui demande aux officines privées de déconditionner les médicaments. Pour que lorsqu’un patient arrive en officine, et qu’il demande une plaquette de doliprane, qu’on puisse lui donner la plaquette sans discuter et qu’il puisse partir avec une plaquette qui coûte entre 150 et 200 F CFA », se veut-elle rassurante.

Au niveau de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire (FAC-CI), l’actualité des faux médicaments est suivie avec intérêt. « Tout ce qui est de nature à être consommé qui n’est pas de bonne qualité est à dénoncer à plus forte raison un médicament qui doit venir au secours du consommateur. Un médicament qui rencontre un problème de dosage ou dont la date de péremption est dépassée, nous le dénonçons. Nous saluons le gouvernement qui a pu mettre le grappin sur les faussaires  récemment», félicite Yves Aka, secrétaire général de la FAC-CI.

Le secteur pharmaceutique ivoirien dispose de quatre grossistes répartiteurs, 850 officines privées, 542 dépôts de pharmacies, 8 unités de productions de médicaments dont 4 en activité. La production locale est évaluée à près 6% du marché pharmaceutique national. En mars 2017, a eu lieu une communication  en Conseil des ministres du projet de loi portant création de l’autorité de régulation du secteur pharmaceutique, le renforcement de la lutte et des sanctions du trafic illicite des médicaments.

Nesmon De Laure
Politikafrique.info

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