Côte d’Ivoire- Succession de Ouattara, Soro dans le viseur ?

Dans un article paru dans Jeune Afrique de la semaine et repris ce mardi 6 juin par la presse nationale ivoirienne, Guillaume Soro, le chef du parlement ivoirien, est présenté en partie comme celui qui tire les ficelles des mutineries à répétition dans le pays. Le confrère de « Jeune Afrique’’, auteur de l’article, lui attribue en outre la possession d’un important stock d’armes et le dit en froid avec Alassane Ouattara, le président ivoirien. Guillaume Soro serait-il dans le viseur dans l’optique de 2020 ? Politikafrique.info plongé son nez dans ce prurit.

Au sein du RDR sa famille politique, l’on estime que la situation actuelle du député de Ferkessédougou (nord de la Côte d’Ivoire), est liée à des intentions politiques qui lui sont prêtées. « L’histoire que nous connaissons de la Côte d’Ivoire, c’est que chaque fois que des élections approchent, celui qui est présenté comme le potentiel candidat qui fait peur, fait aussi l’objet de toutes les attaques », commente à Politikafrique.info, Mamadou Traoré,  conseiller régional RDR de la Bagoué. Pour lui, ce serait les mêmes déconvenues successives subies par l’actuel chef de l’Etat, Alassane Ouattara, d’abord après le décès du Président Houphouët-Boigny avec Henri Konan Bédié, ensuite avec le général Robert Guéi et enfin avec Laurent Gbagbo. Pourtant, dit-il « Guillaume Soro a toujours conditionné ses ambitions politiques à la volonté collective ».

« Il gagnerait à clarifier sa stratégie. Ses lieutenants ont quelques fois éventé ses tactiques. Bien sûr qu’il constitue une menace pour bien des politiques. Je pense qu’il devrait arrêter le clair-obscur et prendre franchement une option. Je pense qu’il n’est adoubé ni par le RDR ni par le PDCI pour 2020. Soit il rentre dans les rangs soit il sort de ces machines politiques pour emprunter sa voie », réagit Me Yacouba Doumbia, président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), joint par la rédaction.

L’opposition politique pense autrement. Selon elle, l’après Ouattara est ouvert à tous surtout à Guillaume Soro au regard de son cursus. « Beaucoup de choses se disent mais aucune preuve n’est apportée. Guillaume Soro a le droit de nourrir des ambitions présidentielles avec le cursus qu’il a, à savoir qu’il a été ministre d’Etat, Premier Ministre et maintenant président de l’Assemblée nationale. Il a le droit de nourrir de telles ambitions. Maintenant est-ce qu’on veut le discréditer pour le décourager dans ces ambitions, difficile de le dire. Il y a beaucoup de choses qui se disent, il a été découvert des caisses vides d’armes au domicile de l’un de ses bras droits. A quel moment ces caisses ont été vidées et est-ce que ceux qui ont pris ces armes ont avoué les avoir prises chez ce dernier ? On croit savoir que l’enquête est en cours. En attendant, on suit tous l’affaire. Mais, une fois encore, avec le cursus qu’a Guillaume Soro, si Ouattara respecte ses deux mandats et qu’il n’est plus candidat, la voie est ouverte pour tout le monde. Pourquoi pas lui alors ? », interroge Abouo Ndori Raymond, Vice-président du FPI chargé des questions électorales.

Le bloc Sangaré Abou Drahamane, estime qu’il s’agit de palabres internes au RHDP, la coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire. « Guillaume, l’homme à abattre dans la perspective de 2020, par qui ? Ils se tirent dessus entre eux, nous autres on ne sait pas de quoi il s’agit. Et soyez-en sûr, ce n’est pas nous qui allons l’abattre », ironise Koné Boubakar, le secrétaire général adjoint et porte-parole.

Pr Pierre Dogbo est le Directeur de l’UFR des Sciences politiques à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody. Il partage l’idée de la liberté de nourrir les ambitions politiques par tous. Toutefois, l’universitaire estime que la conduite actuelle de la gestion de l’Etat met à nu un « conflit entre l’Exécutif et le législatif ».

« Accuser Soro Guillaume d’être à la base des mutineries et de tout ce qui concerne la rébellion, c’est ouvrir une porte déjà ouverte, puisqu’il a déjà assumé la rébellion. La nouvelle donne par contre, c’est qu’aujourd’hui ce sont deux représentants d’institution qui sont en conflit : l’Exécutif et le Législatif. Je m’explique. A partir du moment où des armes ont été découvertes chez un individu, fut-il le porte-parole d’un président de l’Assemblée nationale, la justice doit suivre son cours, voire arrêter l’individu en cause. Mais, quand on ne l’arrête pas, cela signifie que l’Etat n’a plus le monopole de la violence légitime. Car, il y a des gens qui ont été convoqués pour moins que cela et qui ont été mis sous mandat de dépôt une fois le pied à la brigade de recherches de la gendarmerie. C’est pourquoi l’affaire Soul to soul ne doit pas être réglé au niveau politique, mais plutôt au niveau judiciaire pour que force reste à la loi », décrypte-il.

Pour lui, il est nécessaire « qu’on ouvre une information judiciaire pour éclairer l’opinion », estime Pr Pierre Dogbo.

Les mouvements de soutien au « leader éclairé », autre surnom de Guillaume Soro, sont sur les braises et attaquent sur tous les fronts tous ceux qui osent évoquer le sort du président de l’Assemblée Nationale.

Richard Yasseu 
Source : rédaction Politikafrique.info

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