COURSES / Séry BAILLY

Je crois que le romancier Amadou Koné a produit une œuvre qui porte ce titre. Cela remonte loin dans ma mémoire car il y a longtemps que je m’y suis plongé. Mais elle me renvoie aux courses automobiles qui animent la vie sportive de notre époque. Chez nous, il est vrai, ne nous parviennent que les échos des grandes compétitions mondiales. Elles ne manquent pas cependant de nous donner des moyens pour réfléchir sur notre vie, en tant que modestes spectateurs. Les courses automobiles et politiques ont beaucoup de choses en commun.

Elles ont leurs épreuves reines. Dans certaines républiques, la Présidentielle est l’équivalent de Monza ou du Mans ou de Monte Carlo. C’est bien au bout d’un certain nombre de victoires qu’on brandit le grand trophée, par exemple du championnat du monde. Des circuits sont plus prestigieux que d’autres sans doute parce qu’ils rapportent davantage de points. Les trophées sont souvent la partie émergée d’une contrepartie financière conséquente.

Les automobiles se meuvent elles-mêmes, de là leur nom. En politique, en dépit des exigences de la démocratie, on est souvent automobile ou « auto-mobilisé ». On s’engage, se détermine, se pré-positionne et on se positionne. Ce qu’on appelle motivation est aussi dit mobile. Et les mobiles personnels peuvent l’emporter sur les causes collectives. Même ceux qui entendent des voix qui les appellent, ont d’abord entendu leur propre petite voix intérieure. Dans tous les cas, ils roulent tous au super carburant et leurs moteurs sont tels qu’ils consomment beaucoup, même dans des carrosseries aérodynamiques.

Il n’est donc pas surprenant que les coureurs se bousculent au moment du départ. L’enjeu, c’est la pole position. On part avec quel avantage ou quelles échasses ? Cette position est déterminante pour la vraie course à venir, car elle n’est pas qu’une course d’échauffement. Si les coureurs automobiles se contentent de deux P (Pole Position), les hommes politiques se satisfont de trois : Pré-Pole-Positionnement (PPP). Mais c’est la même cohue et les mêmes bousculades. Encore faut-il que, en circuit fermé ou dans un rallye, l’on soit autorisé à courir par la fédération qui délivre les licences. En effet, il ne s’agit pas de nos permis de conduire ordinaires pour lesquels d’ailleurs une autorisation paternelle est requise des mineurs. Eh oui, à ceux qui sont jeunes et tendres, on peut recommander le karting en attendant de grandir et de prendre de la bouteille !

D’un côté, il importe d’avoir de l’ambition, c’est-à-dire celle de devenir champion de renom, et de savoir faire vrombir et pétarader sa machine. De l’autre, il s’agit humblement de pouvoir proférer, clamer et peut-être vociférer. Mais, chaque pilote étant devant son écran, tous les moteurs savent ronronner, roucouler, rassurer et séduire.

Les uns se font appeler pilotes, parce qu’ils conduisent des voitures, quand les autres son dits parfois timoniers sans être pilotes de bateau. Pourquoi ces derniers ne seraient-ils pas aussi des conducators dès lors qu’ils aspirent à conduire leurs peuples ? D’ailleurs, comme on dirait au Canada, ils sont tous chauffeurs de meetings ou de voitures !
La course implique des marques qui entrent en compétition. Pour les automobiles, il y a les Mac Laren, les Renault, Lotus, Ferrari et bien d’autres. Chaque équipe a ses couleurs. Elle est constituée de pilotes, de mécaniciens, de communicateurs et à l’arrière, les financiers nécessaires pour supporter les recherches et payer les salaires. En politique, c’est quasiment la même chose. Sauf qu’ici on peut avoir des gros bras qui roulent des mécaniques.

Les fans sont fanatiques des deux côtés. Aux premiers, on assure que des boissons et des sandwichs sont en vente dans les gradins ou les kiosques. Les derniers veulent s’assurer qu’ils seront transportés, nourris, « déssoiffés » et même payés. Après tout, chacun doit être payé pour ses efforts. Pourquoi les champions seraient-ils seuls défrayés ? Sans public, pas de spectacle, sans supporters, pas de compétition !

Les grosses cylindrées servaient jadis à fasciner et souvent intimider les populations jeunes et moins jeunes. Elles s’engagent dans une autre épopée et courent pour remporter un trophée dont la nature n’est pas encore clairement définie. De la course sociale à la course politique, il n’y a qu’un pas ! Du renom sportif à la gloire politique !

Quand me vient à l’esprit cette idée de course automobile, je retrouve des noms d’anciens héros de ce sport : Fangio l’Argentin, Senna le Brésilien, Prost le Français, Stewart l’Ecossais, Ferrari l’Italien. Nous Ivoiriens sommes familiers du nom Michèle Mouton. Ne m’interrogez pas sur les jeunes figures qui brillent au firmament aujourd’hui. Les choses se passent par génération. Les jeunes de la politique sont tout aussi nombreux à être prêts à se lancer dans la course. L’un d’entre eux, la grande référence actuelle, a d’ailleurs remporté une grande victoire chez les descendants d’Astérix le Gaulois.

La surface sur laquelle ces courses se déroulent est un facteur de réussite ou de drame. Qu’il pleuve ou que de l’huile de moteur s’y déverse, c’est des glissades assurées dont la dangerosité est accentuée par la sinuosité du parcours. Les peaux de banane sont leur équivalent en course politique. Les dos d’âne et les nids de poule ne jonchent pas que les courses d’animaux. Ils sont imprévus sur les pistes de course mais probables dans une épreuve entre hommes. Ce n’est pas parce qu’il y a des pare-chocs et des parapets que la sécurité est garantie à 100 %.

Au demeurant, la sécurité dépend aussi des pneumatiques. Ils peuvent être gonflés à point et ne pas résister à la chaleur produite par les frottements avec l’asphalte. Malheureusement, pour un homme politique, être gonflé n’a rien de positif. Pourtant, pilotes et politiques doivent tous être des passionnés s’accusant mutuellement d’être accrochés à la piste. C’est ce qui fait qu’on appuie sur le champignon ou qu’on pense qu’on est appelé à un destin national. On en arrive alors au déroulement et au dénouement de la course.

Comment commence une course ? Par départ lancé ou arrêté, chaque modalité ayant ses exigences et ses risques. Le pire est de se lancer alors que les autres n’ont pas pris leur départ. Comme dit le fabuliste, « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». La vitesse et l’endurance sont toutes les deux attendues car il faut savoir négocier les hauts et les bas, les crocs-en-jambe, les bâtons dans les roues ou dans les jambes. En athlétisme, on distingue trois étapes : à vos marques, prêts, partez. Gare à celui qui fait plusieurs faux départs.

Les pilotes automobiles ou politiques doivent savoir jouer de leurs freins. Ceux-ci sont fort utiles dans les virages serrés qu’on est obligé de négocier avec ses partenaires ou adversaires, dans les dérapages contrôlés ou incontrôlés. Sans freins, on roule en toute liberté mais à tombeau ouvert !

La course se termine toujours par un juge ou commissaire qui dispose d’un drapeau à damier en noir et blanc. Selon la vigueur avec laquelle il l’agite ou le fait tournoyer, ce juge peut rendre difficile la lecture des couleurs. Simple question de physique ! Parfois noir ce n’est pas noir et blanc n’est pas toujours blanc. Quand le blanc et le noir se mélangent, ils donnent du gris. C’est de cette manière qu’on arrive aux contestations ou aux photos-finish dont l’athlétisme fait usage depuis de longues années.

Il va sans dire qu’il s’agit là de courses qui se terminent normalement. Celles-ci sont toujours des jeux qui procurent du plaisir, un sport qui donne accès à des fortunes ou au pouvoir, mais encore des rivalités qui débouchent parfois, hélas, sur des collisions spectaculaires, des vols planés, des affrontements et des morts.

Il n’y a pas que les coureurs qui soient engagés dans la course de la vie. Ceux qui nous trouvent dans les gradins sont aussi concernés que ceux qui trônent sur la piste. Les spectateurs de rallyes savent combien ils sont en danger. Faisons nos jeux et espérons ! Si Dieu est le pilote, l’homme est dans le cockpit !

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