Crise au Gabon, France, Union Africaine, implications à géométrie variable

La situation du Gabon cristallise les nerfs et l’attention. L’Union Africaine n’a jusque là pas fait entendre sa voix dans cette crise politique.
A ce sujet, deux politologues ivoiriens réagissent. Il s’agit du Dr Geoffroy-julien Kouao Juriste et analyste politique, qui nous fait une analyse suivie de celle du professeur Pierre Dogbo, auteur du livre ‘’ Diplomatie africaines, Théories et Pratiques ‘’.

« Il faut d’abord préciser que les Etats membres de l’Union Africaine sont des Etats souverains. Ce qui n’est pas le cas de l’Union Africaine qui reste une simple organisation internationale. De ce qui précède, l’Union Africaine ne peut imposer des directives de gouvernance aux Etats membres. Ensuite, L’union africaine vit actuellement une période transitoire au niveau de la commission, organe exécutif de l’Union, ce qui fragilise les actions de Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, qui attend de voir son successeur en janvier prochain. Enfin, le président Idriss Deby, président en exercice de l’union est lui aussi fragilisé par sa réélection controversée à la tête du Tchad. Une offensive diplomatique de sa part dans la crise postélectorale gabonaise manquerait de crédibilité parce que dépourvue d’exemplarité. Enfin, la mission d’observation de L’UA a dit sa satisfaction quant à la bonne tenue du scrutin. Elle ne peut pas, deux jours après se dédire. Je pense qu’il revient la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), qui a déjà montré sa capacité à juguler les crises politiques avec le cas récent de la République centrafricaine, de prendre le leadership diplomatique pour éteindre la poudrière gabonaise », indique Geoffroy-julien Kouao, Juriste et analyste politique.

Pour le Pr Pierre Dogbo, Directeur de l’école des Sciences politiques de l’université Félix Houphouët-Boigny, « le cas du Gabon doit nous interpeller sur la question de la fébrilité et des conflits lors des élections en Afrique francophone. »

« En deux mots, Il faut partir du principe que la diplomatie africaine est trop faible et elle est encore d’une certaine manière prisonnière du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. C’est la raison pour laquelle elle n’est pas trop active devant les problèmes à l’intérieur des Etats africains. C’est là, le premier problème. Le deuxième problème, c’est qu’aujourd’hui, la démocratie africaine est divisée en deux. Il y’a la diplomatie des pays anglophones qui sont beaucoup plus pragmatiques et qui règle les problèmes par le gentlemen’s agreement. Et puis, il y’a la diplomatie des pays francophones et malheureusement, elle reste sous la dépendance de la diplomatie française. Ce qui ne facilite pas la tâche aux Etats. Il faut que les francophones, d’abord, prennent totalement leur indépendance. Parce que toute la vie des pays francophones est rythmée et guidée par la diplomatie française. Qu’est-ce qui peut justifier une déclaration de Jean-Marc Ayrault (NDLR : ministre français des affaires étrangères) dans une élection au Gabon? Si ce n’est que le Gabon est un pays dépendant de la France. Parce qu’en réalité, je l’explique dans mon livre ‘’ Diplomatie africaine,Théories et pratiques’’, la France a donné une indépendance limitée.

La France a donné une indépendance sauf pour les Affaires Etrangères, la Justice, l’Education, l’Economie. C’est écrit dans tous les livres sur la diplomatie française. Donc, les pays francophones sont trop dépendants de la France. Et, dans les pays francophones, chaque fois qu’il y a une élection présidentielle, on s’attend à une crise. On a vu ce qui s’est passé au Burkina Faso, au Niger, on voit ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, aujourd’hui, c’est le Gabon. Même au Tchad ou au Congo. C’est toujours dans les pays francophones que les élections sont sources de conflits, de tensions, de guerres,c etc. Donc, il appartient aussi aux africains de s’interroger. Pourquoi les francophones sont si fébriles devant les échéances électorales. Ce sont de grandes interrogations. Pour recentrer le débat, la réaction de l’Union africaine est une réaction de prudence. L’Union Africaine observe comme toute diplomatie, elle veut voir comment la situation va évoluer et elle prendra position. On ne peut pas en vouloir à l’Union africaine de réagir de cette manière. On ne peut pas parce que quoi qu’on dise, les pays francophones comme le Gabon sont des Etats souverains et il faut qu’ils assument aussi leur propre responsabilité au lieu de toujours vouloir s’en remettre à l’Union Africaine ou à l’Union Européenne. Le cas actuel de l’Etat du Gabon, c’est un problème de famille. Une bataille entre le beau-frère et le frère. Ce sont des guerres de positionnement. Donc ils se connaissent bien et rien ne changera dans la politique intérieure du Gabon. Fondamentalement, vu que le Gabon est dépendant à 88% du point de vue économique, politique, de la France. Donc, la réaction de Jean-Marc Ayrault est symptomatique de la volonté de la France de garantir son leadership sur ces anciennes colonies de l’Afrique francophone. Je crois qu’il faut le dire. L’Union africaine reste attachée au principe de la non-ingérence et joue la carte de la prudence. On ne sait pas qui manipule qui. Même la diplomatie européenne et française aurait pu attendre, il y a de ce fait des intérêts à protéger».

Moïse ACHIRO.

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