DDR- Des milliards de FCFA dépensés, des ex-combattants crient à l’oubli

Des ex-combattants, que l’on croyait tous réintégrés dans le tissu socio-économique, se font encore entendre. Ils projettent une manifestation cette fin de mois.

On la croyait rangée au passé. Que non. La question des ex-combattants continue de se poser en Côte d’Ivoire. Tant ceux-ci multiplient dernièrement des manifestations bruyantes qui influent sur la sécurité intérieure.

Des combattants non pris en compte par le processus DDR ont manifesté le 10 avril dernier à Adzopé, Ferkéssédougou et Pogo. Cette manifestation de rue faisait suite à une rencontre entre eux et le Premier Ministre, le week-end du 4 mars à Korhogo. Regroupés au sein d’une organisation dite « Cellule 39 », du numéro de leurs matricules les présentant comme les tout premiers combattants de la rébellion armée de l’ex-Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), ils déplorent leur mise à l’écart du processus DDR. Ils menacent de manifester à nouveau à la fin de ce mois si leurs préoccupations ne sont pas prises en compte.

Ce sont environ 74 000 personnes qui étaient identifiées comme ayant pris les armes pendant les différentes crises armées en Côte d’Ivoire, depuis septembre 2002. Selon un processus mis en place et exécuté par le gouvernement, ces combattants devaient tous bénéficier d’un stage de resocialisation avant leur réintégration dans la vie civile. Jusqu’en juin 2015, c’est l’Autorité pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réinsertion (ADDR) qui s’occupait de la question.

Selon l’agence APA News dans sa publication du 27 novembre 2015, Fidèle Sarassoro, l’ex-Directeur général de l’ADDR, indiquait que « le processus DDR a coûté d’octobre 2012 à octobre 2015, 210 millions de dollars (105 milliards FCFA) ». A la fin de sa mission, cette structure a dressé un bilan : « 55.000 ex-combattants » ont été démobilisés, réinsérés et réintégrés, comme on peut le lire dans le décret mettant fin à ses activités, adopté en Conseil des ministres du 24 juin 2015. Un taux jugé « très satisfaisant » par les dirigeants ivoiriens au point de dissoudre l’ADDR sans crainte d’« encourir un risque sécuritaire élevé ». C’était peut être aller vite dans l’appréciation.

Des ex-combattants toujours présents

A ce jour, nonobstant des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion et ce montant de 105 milliards de FCFA investi, des démobilisés non réinsérés existent encore. Pis, ces derniers ne cessent de se faire bruyamment entendre. Des ‘’démos’’ comme on les appelle, se signalent pour la première fois en 2014. A Bouaké, dans le centre du pays où ils étaient cantonnés en grand nombre, ils avaient paralysé la ville. Les écoles, les commerces et autres activités ont été bloqués pendant de longues heures. Ce sont des négociations menées à haut niveau, ponctuées de menaces d’intervention de l’armée, qui feront revenir le calme.

En 2017, le couvert est remis dans des villes du nord de la Côte d’Ivoire, avant de s’étendre à d’autres localités au centre et au sud du pays, comme Abidjan en janvier dernier où pendant des heures, des démobilisés ont bloqué les entrées et sorties de la ville par l’ex-corridor de Gesco dans la commune de Yopougon. Les dernières manifestations ont eu lieu le lundi 10 avril 2017 dans les villes de Pogo et Ferké au nord du pays, et à Adzopé dans le sud.

Au-delà du filet de réinsertion, ils prétendent que la promesse leur avait été faite qu’ils feraient partie « d’une armée de réserve à créer », connaissant déjà le maniement des armes, avant d’estimer leur effectif à 6 886 personnes réparties sur toute l’étendue du territoire. ****El Diablo indique que ses camarades et lui rencontrent jusque-là des difficultés à faire aboutir leurs démarches administratives auprès des autorités.

Le dimanche 16 avril dernier à Bouaké, après une rencontre « infructueuse » avec Amadou Koné, le ministre des Transports, ces ex-combattants, ont exprimé leur mécontentement sur le traitement de leur situation d’ex-combattants. Selon Anderson Touré, le chargé de communication de la ‘’Cellule trente-neuf’’, ses camarades et lui menacent de faire d’autres manifestations de rue éclatées dans tout le pays. « Si d’ici le 29 avril 2017, il n’y a pas de suite favorable à nos revendications, nous manifesterons dans les rues de l’ensemble du pays », annonce-t-il à Politikafrique.info.

Ces démobilisés dit-il, revendiquent entre autres « la reconnaissance du grade de caporal, l’octroi de la prime de guerre dite prime ECOMOG soit 12 000 000 FCFA chacun, l’intégration des plus jeunes dans l’armée, les corps paramilitaires et dans les structures d’Etat telles que le Trésor les Impôts, et la reconnaissance de leur mouvement » énumère-t-il.

La Cellule de coordination, de suivi et de réinsertion (CCSR) qui a pris le relais depuis la dissolution de l’ADDR, a pour principale mission de parachever les activités de réinsertion des ex-combattants démobilisés par l’ADDR et les aider à se prendre en charge. Essentiellement, ces « démos » ont été reversés dans les activités agricoles, de bâtiment et de transport.

« Nous avons contribué à réduire considérablement le chômage. Toutes ces personnes ont été formées et sont aptes à contribuer au développement de la Côte d’Ivoire », a confié un ancien responsable de l’ex-ADDR sous le sceau de l’anonymat. Contacté pour en savoir davantage sur l’existence de démobilisés non pris en compte, premiers éléments de front de l’ex-rébellion, la CCSR n’a pu trouver une voix officielle en son sein pour répondre aux préoccupations de Politikafrique.info. Tout juste une source fait-elle savoir, sous le sceau de l’anonymat, que « A la CCSR, nous ne parlons plus de démobilisation ».

Pour les démobilisés, seul Touré Souleymane, un conseiller à la Primature ivoirienne, est représente un interlocuteur crédible. Il n’a pas souhaité s’exprimer sur la question.

Pour ce vaste chantier de désarmement et démobilisation, le gouvernement de Côte d’Ivoire a consenti des investissements énormes avec le soutien de partenaires étrangers et de la population Ivorienne. Un filet de réinsertion minimum de 800 000 FCFA par personne a été remis aux concernés afin de les aider à développent des projets personnels. Selon certaines informations, seulement 3209 personnes n’ont pu être réinsérées pour des raisons de décès, de désistement et autres. Ceux qui affirment n’avoir pas été pris en compte durcissent le ton. Jusqu’où?

Richard Yasseu 
Source : rédaction Politikafrique.info

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