Dossier / Trois ans après la visite présidentielle dans le Gbèkè- Bouaké, la grande oubliée ?

Rien n’a changé à Bouaké, la capitale de la région de Gbèkè (349 Km d’Abidjan, Centre-Nord) qui a reçu en visite d’Etat le Dr Alassane Ouattara du 25 au 29 novembre 2013. Au dernier jour de son séjour dans la région où  un investissement de 240 milliards de FCFA avait été effectué de mi-2011 à 2013, selon les dires d’Alassane Ouattara qui a soutenu que « le plan Marshall que vous appelez de tous vos vœux a été déjà commencé » avec pour objectif de « redonner à Bouaké, son lustre d’antan ».

« Bouaké a beaucoup souffert. Oui Bouaké a été le théâtre d’événements graves et douloureux. Vous vous souvenez qu’à Bouaké, l’eau et l’électricité ont été coupées, des familles entières ont fui Bouaké. Je suis venu dire « yako ». Ce qui est arrivé à Bouaké n’aurait jamais dû arriver dans le pays de Félix Houphouët-Boigny, cela ne doit plus jamais se reproduire » avait souhaité Alassane Ouattara dans un stade plein à craquer. C’était le 29 novembre 2013 au terme de la visite présidentielle dans la région.
Le maire, Nicolas Youssouf Djibo avait insisté sur le fait que « depuis bientôt deux décennies, Bouaké vit au quotidien, plus durement qu’ailleurs, les conséquences désastreuses de crises successives que notre pays a connues ».

Trois ans après, le tableau a-t-il changé ? « A Bouaké, l’esprit de rébellion survit » dénonce Koné Ali, représentant des syndicats de chauffeurs de taxi de Bouaké au sein de l’union régionale des travailleurs du Centre Bouaké (URTCB, affiliée à UGTCI).
Alors qu’on croyait le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants (DDR) totalement achevés depuis 2014, un bâtiment désaffecté, celui de l’ex-Sibagec, mitoyen au garage d’UTB, est occupé par des ex-combattants et « le représentants des ADS ». Bizarre !
A Bouaké, il est fait cas d’armes qui circulent sous les manteaux. La drogue aussi, à l’air libre et avec la bénédiction de la corruption. Pour 150000 FCFA à 350.000 F, les dealer grossistes opèrent impunément. Une unité spéciale de traque contre le banditisme est indexée par la population.

Bouake-Politikafrique.info-

L’attente se fait longue.

Il faut évoquer le cas de l’ensemble industriel FTG, pour Filature Textile Gonfreville, pour comprendre le mal-être des bouakéens. « Bouaké est abandonnée et nous espérons que le Président Ouattara qui, promet et fait, entendra notre cri du cœur pour la mise en œuvre des promesses faites » souhaite Anderson Kouassi, secrétaire général de l’Union des travailleurs de la région de Bouaké.

Ouattara Moussa, responsable syndical à FTG a obtenu de sa direction une visite guidée dans les entrailles de l’usine, embroussaillée par endroit, avec moins d’une dizaine de travailleurs à la tâche. En lieu et place de 22 techniciens de laboratoire, il n’en reste que trois pour l’unité industrielle. Les machines ont subi l’effet du temps, recouvertes de toiles d’araignée, de poussière, dépassées par le temps, elles n’ont pas vu venir leur fin à partir du 19 septembre 2002. C’est la désolation totale et un mutisme gênant autour des ex-Etablissements Robert Gonfreville.  La lueur de l’espoir ne s’est pas levée dans la zone industrielle à l’Est de la ville où est située l’ex-usine Trituraf.
La rue asphaltée est recouverte d’herbes. Aucun bruit. Le Directeur français Francis Tintori, chassé, est retourné en France. « La grande partie de la production ivoirienne de graines de coton est vendue à l’extérieur » soutient Anderson Kouassi, SG de l’union régionale des travailleurs du Centre Bouaké et employé d’Ohléol, groupe qui a repris Trituraf sans pouvoir décoller.

Sur l’avenue des industries, des unités perdues dans la brousse, des machines rouillées, seules Sitab, la Cidt et une unité de fabrication de béton pour travaux routiers fonctionnent. A côté, un centre de distribution de boissons. Bouaké est à l’arrêt sans que cela ne semble émouvoir les fils de la région.
Le comité de suivi des résolutions de la visite présidentielle s’est, en trois ans, réuni une seule fois à la convocation de son président, Me Jeannot Ahoussou-Kouadio, lui-même président du conseil régional du Bélier. Paradoxe !

Les tentatives pour savoir ce qui est fait à son niveau à travers son chargé de communication et sa page Facebook, sont pour l’heure, demeurées vaines. A sa suite, le président du conseil régional, Jean Kouassi Abonouan pointe en mode « silence radio ». Le porte-parole du parti au pouvoir, Joël N’guessan, cadre de Bouaké, n’a pas non plus donné suite à notre sollicitation.
« Ce qui s’est passé ici le 22 juillet dernier n’était pas seulement une réaction par rapport aux factures de courant mais, bien plus, un exutoire, la traduction de l’exaspération de la population qui a tenté de crier son ras-le bol. Malheureusement, Bouaké vit encore dans l’esprit de la rébellion » indique une source rencontrée par PolitikAfrique.info. Elle dénonce l’anarchie qui règne dans les rues à cause des mototaxis dont une quarantaine est la propriété d’un responsable administratif régional.
« Quand il convoque des réunions, je préfère ne pas y aller, à quoi bon. A la dénonciation, on répond que si les mototaxis sont supprimés, il y aura une recrudescence de l’insécurité. C’est à croire que Bouaké n’est pas dans la République de Côte d’Ivoire, on est déçu » fait-elle savoir.

C’est dans ce décor que baigne Bouaké, chef-lieu de région sans bureau de préfecture depuis la destruction du 22 juillet dernier. Le Préfet Aka Konin a ainsi obtenu un repos forcé. SOS pour la deuxième ville ivoirienne qui constitue selon la Chambre de commerce et d’industrie, la troisième ville économique après Abidjan et San Pedro.

Adam’s Régis SOUAGA

Commentaires Facebook Politik Afrique

comments

EVALUEZ CET ARTICLE
User Rating
0/10

ARTICLES DE LA CATEGORIE

Quelque chose à dire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*