DOSSIER FONCIER / CONFLITS FONCIERS URBAINS ET RURAUX- BOUAKE, UNE BOMBE A RETARDEMENT

L’ex-fief de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles est un cas spécifique en matière de conflits fonciers urbains. Un comité régional logé à la préfecture a été mis en place pour régler le contentieux sur ce qui est apparu comme de flagrants vols de maisons.

Tenez ! A l’arrière de la résidence du président-fondateur de la compagnie UTB se trouve une maison en étages. Cette maison appartenait au vieux Kouamé du village de Séssénouan, à quelque 3 km de Bouaké sur la route de Béoumi. Depuis 1992, du temps du préfet N’zi Paul David, il a acquis cette maison et construisait à son rythme lorsque survint la crise du 19 septembre 2002. Planteur à Soubré, il reste dans ses plantations pendant des années. Lorsque l’accalmie lui permet de revenir à Bouaké, il découvre avec stupéfaction que sa maison, dont les travaux étaient au chaînage, est achevée. D’ailleurs, il se trompe de bâtiment et va nettoyer la maison d’une fonctionnaire de la direction régionale du ministère de la Construction et de l’Urbanisme. Pour une fois, cette erreur est bénéfique. La dame lui demande de procéder à la vérification des documents. Lorsqu’il présente les documents, elle lui indique sa maison, occupée par quelqu’un d’autre. Il a même le toupet d’avoir des locataires. Entre temps, ce filou qui aura acheté la maison à 1 million de FCFA avec des jeunes encadrés par un vieux qui se serait présenté comme propriétaire sans document administratif en cette période de crise, tentera de procéder par la corruption à l’acquisition du titre foncier.

Les fonctionnaires du ministère de la Construction et de l’Urbanisme ne mordent pas à cet hameçon empoisonné. Une plainte va confondre le sinistre individu qui pleure à chaudes larmes dans la cour du tribunal.
Une autre famille, au quartier Gonfreville, a ainsi perdu une cour familiale durant la crise. Un célèbre producteur de radio Côte d’Ivoire à la retraite a vu l’illégal occupant de sa maison à Nimbo lui opposer un refus poli de rétrocession de la maison. « Comme j’ai surveillé votre maison, vous devez me payer avant d’intégrer votre maison » lui a fait savoir cet ex-combattant. A la préfecture, Michel Oura n’avait jusque-là pas eu gain de cause.
La liste des vols et occupations illégales, des maisons perdues grâce à des complicités de l’administration sont nombreuses. A Air France 2 et 3, un réseau s’est même créé autour de la « vente » de maisons.

Bouaké est une bombe à retardement dans le cas spécifique du conflit foncier urbain. Des noms et non des moindres circulent dans l’administration dans la vente des propriétés familiales. Il a fallu la vigilance de l’Inspecteur général du ministère de l’Emploi et des Affaires Sociales, Bagaté Bolou, pour ne pas voir brader la propriété familiale. En cause, un grand commis de l’administration régionale.
Pire, le bureau régional de l’agence ivoirienne de presse (AIP) à Dar Es Salam Sakabo, a été chipé par un ex-baron de l’ex-rébellion qui refuse de céder le bâtiment. L’Etat est aujourd’hui obligé de se retrouver au tribunal face à l’individu. En dépit du fait que les documents présentés par cet occupant de bureau soient grossièrement faux, la force publique n’a pu le mettre dehors. Serein, il refuse de quitter les bureaux de l’AIP.

A bouaké, des voix s’élèvent pour demander la création d’une commission d’évaluation de la gestion des ex-FN sur certaines questions dont le foncier urbain. Cela permettra de véritablement faire le deuil de la crise en trouvant de vraies et réelles solutions à cette bombe sociale.

Adam’s Régis SOUAGA

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