DOSSIER FONCIER / CONFLIT FONCIER URBAIN, A ABIDJAN, LA VENTE DE TERRES, C’EST SANS LA LOI

Un différend sur 5 hectares de terres existe entre la communauté villageoise d’Anono dans la commune de Cocody, avec Tiémoko Yadé un haut cadre du secteur bancaire ivoirien. Selon Alley Pacôme, le secrétaire général de la chefferie de ce village rencontré par Politikafrique.info ce mercredi 7 septembre, la faute est aux autorités nationales. Il les accuse d’avoir délivré un titre de propriété à Tiémoko Yadé alors que les responsables de son village avaient opposé un refus d’attribution de cette parcelle.

« Relativement à un protocole signé entre l’Etat et Anono dans les années 1970, le village consentait à donner des terres à l’Etat pour créer le quartier Riviera. En contrepartie, nous devions avoir six fois la superficie actuelle du village. La promesse n’a pas été tenue. Dans les années 1990, cinq hectares de terre situés dans le prolongement du lycée hôtelier devant nous revenir ont été donnés à monsieur Yadé sans notre consentement », révèle Alley Pacôme.

Cette affaire perdure depuis environ 20 ans, traduisant toute la gêne et les difficultés de la justice ivoirienne à trancher ce contentieux sur le foncier urbain. Ici, on a en confrontation un grand patron de la Société Générale et une communauté villageoise. Ce conflit est symptomatique de la situation confuse dans laquelle se trouve la justice ivoirienne accusée de trancher en faveur des riches.

Réagissant à l’accusation généralement faite sur les chefs traditionnels d’Abidjan relativement à la vente de terres à plusieurs acquéreurs à la fois, le secrétaire général de la chefferie d’Anono relativise. « Je ne dis pas que c’est faux, mais il faut relativiser. Les chefs signent des documents sans avoir une maîtrise de tout ce qui entoure le foncier. Aujourd’hui, cela change parce qu’il existe de plus en plus des comités sur le foncier dans les villages. La vente de parcelles à plusieurs personnes à la fois est un problème récurrent. Mais il n’incombe pas seulement aux chefs traditionnels car généralement ils sont induits en erreur par des habitants de nos villages qui n’informent pas toujours des transactions avec les acquéreurs ».

C’est connu, sur les bords de la lagune Ebrié, les chefs de la communauté autochtones ou non sont accusés de vendre des parcelles de terres sans tenir compte de la loi en vigueur sur le foncier. Il est devenu banal de voir des chefs traditionnels dans les couloirs du Tribunal d’Abidjan pour des histoires de terrain cédés à plusieurs acquéreurs ou un conflit entre eux et des personnes commises au lotissement. Généralement, le nombre de lots à concéder à ces personnes, n’est pas respecté.

Une chose qui ne manque toutefois pas d’intriguer dans un pays devenu victime de son hospitalité, c’est bien la propriété foncière conférée à des non nationaux. Un ivoirien peut-il être propriétaire terrien dans un pays du Moyen-Orient ou même dans un pays africain? Pas sûr. Mais, à Abidjan, avec de l’argent, on peut s’offrir une justice bien penchante.

Richard YASSEU

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