Forces de sécurité déployées, refus poli des ivoiriens

Aux grands maux les grands moyens. Dans la foulée de la recherche de la sécurité dans le courant des manifestations anti-CIE, le gouvernement a décidé de durcir le ton. Et les muscles.

Selon un bilan de l’action du gouvernement ivoirien pour parer à toute éventualité contre des manifestations publiques suite à la grogne contre la CIE,  il est déployé sur le territoire national, 6 671 agents des forces de l’ordre dont 1 137 à Bouaké.
Cette information donnée à la suite du Conseil des Ministres de ce mercredi est diversement appréciée dans la classe politique ainsi que chez les observateurs, joints par Politikafrique.info.

Pour Michel Amani N’Guessan ancien ministre de la Défense sous Laurent Gbagbo, « La question aujourd’hui porte sur les factures surfacturées qu’il faut régler et non opposer la force ».
Selon lui, « Depuis qu’il y a eu la rébellion dans ce pays il y a des pratiques qui ont la peau dure. Il faut aujourd’hui purifier la Côte d’Ivoire, la désinfecter. Car tant qu’il y aura des hommes anciennement armés non désarmés, au cours des manifestations, nous aurons l’usage des armes. Aujourd’hui l’échec du désarment se fera ressentir au cours des manifestations publiques de ce genre surtout. Pour revenir à la question de déploiement des forces de l’ordre, la population est victime d’une situation d’injustice qu’il faut réparer naturellement.Mais pas par la force sinon ce serait une autre forme d’injustice qui pourrait aggraver la situation. Parce que quand on a mal, il est question de guérir le mal et non frapper sur le mal ».

Depuis le mercredi 20 juillet dernier, des remous sociaux consécutifs aux facturations de la CIE ont secoué le pays. Ces troubles ont connu leur pic le 22 juillet à Bouaké. La violence des manifestations a causé la mort d’au moins une personne, des pillages et des saccages des locaux des structures de l’Etat, de commerces et domiciles privés ainsi que d’établissement bancaire. La gravité de la situation a poussé le gouvernement ivoirien à passer à l’offensive en déployant l’armée et en renforçant le dispositif de sécurité sut toute l’étendue du territoire afin de prévenir toute velléité.
 « Quand le gouvernement sent qu’il y a une situation d’insécurité, il a la responsabilité d’assurer la sécurité de la population. Vous-même vous voyez et entendez qu’à travers le monde entier, il y a des braquages, des prêtres qui sont égorgés et des faits d’insécurité. Il faut faire donc très attention. Il est donc logique que le gouvernement prenne des dispositions pour garantir la sécurité de la population. La grogne sociale dont on parle, nous a révélé qu’il y avait des intentions inavouées derrière. On a vu des gens qui sont allés chercher des climatiseurs de bureaux et des gens qui ont cassé des banques et bien d’autres choses, on remarque que ce sont des individus qui n’ont pas de factures d’électricité à payer. il est tout à fait normal que le gouvernement prenne des dispositions pour éviter que de tels scènes ne se reproduisent », estime Tchagba Bougui Laurent, Secrétaire général de l’UDPCI un parti membre du RHDP la coalition au pouvoir.

Le député RDR, le parti au pouvoir, Alphonse Soro lui, prône la sensibilisation de la population. « Il faut que la sensibilisation continue pour que les gens évitent de recourir à la violence. La Côte d’Ivoire a connu la violence et elle a suffisamment assumé les conséquences de cette violence pendant plusieurs années. Nous sommes sortis de la crise, il n’est pas question de retourner dans une nouvelle crise avec une escalade de violence qui ne sera profitable pour personne. La revendication peut se faire de manière pacifique, les dénonciations peuvent également se faire de manière pacifique sans tomber dans la bagarre. Ailleurs, quand les gens revendiquent, ils ne le font pas pour casser. Ils le font pour exprimer un ras-le-bol parce que quand vous casser, vous n’êtes plus audible puisque les casses n’ont rien n’avoir avec l’objet de votre revendication», soutient le parlementaire.

Dr Fofana Mémon est sociologue et enseignant-chercheur d’université. Il  craint qu’une forte présence des forces de l’ordre n’exacerbe la population. « Il faut dire que le syndrome tunisien Ben Ali est en train de gagner petit à petit la Côte d’Ivoire. Qu’on ait déployé les forces de l’ordre ou pas, il faut savoir partout dans le monde, les populations de tous les pays sont toujours unies sur une seule chose quel que soit le bord politique : le social. Si le social est menacé, il est clair que le peuple va réagir. Ce que nous avons vu à Bouaké, ce n’est pas une affaire politique ou une affaire de Forces nouvelles. C’est parce que l’Etat fonctionne comme si le peuple n’avait pas son mot à dire. Le coût de la vie est très cher, le coût de l’électricité est à la hausse. C’est compliqué. Le fait qu’on ait déployé à ce jour des forces de l’ordre sur le territoire national est pour moi une fuite de responsabilité. Et cela va davantage frustrer le peuple. La côte d’Ivoire est un pays riche. On nous parle même de croissance à deux chiffres. Mais c’est la redistribution de cette richesse à la population qui pose problème. C’est ce qu’il faut résoudre et non pas déployer les forces de l’ordre. Nous ne sommes plus en guerre. Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités en venant à la télévision situer les responsabilités et présenter ses excuses pour rectifier le tir », soutient-il.

La complainte générale sur la hausse du prix du Kwh a été reléguée au second plan avec les manifestations qui ont débordé. L’Etat qui ne veut pas faiblir a donc opté pour la prise de responsabilité avec la montée en puissance de l’armée, de la gendarmerie et d’éléments de la police nationale.

Seulement, la question essentielle est: cela sera -t- il suffisant pour calmer les ivoiriens? Un vrai et grand oral des autorités s’impose.

 Richard YASSEU

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