Front social- Soldats, démobilisés, fonctionnaires, chacun veut sa part

Certaines promesses de l’Etat à certaines  catégories sociales n’ont pas encore été mises  à exécution et suscitent des mouvements de protestation.

« Nous avons déjà patienté deux mois et nous refusons de nous faire gruger. Nous disons non, que l’on nous donne notre dû » a déclaré mardi 25 avril le porte-parole des ex-soldats mutins lors d’une négociation entre ces derniers et le conseil supérieur des imams ivoiriens (Cosim) à Bouaké. L’association religieuse avec à sa tête l’imam Boikhary Fofana avait pour objectif de demander aux ex-soldats mutins de patienter dans le cadre du règlement du reliquat de leurs primes.

Après le mouvement d’humeur de janvier dernier  pour le paiement de 12 millions de FCFA, 5 millions leur avaient été versés à la mi-janvier après négociation. Le versement mensuel de 1 million FCFA était alors prévu à partir des mois suivants, c’est-à-dire Mars 2017 avant d’être repoussé à Mai prochain. Mais, la réduction des dépenses publiques consécutives à la chute des cours du cacao conduit à une révision du programme sur ce volet.  Les soldats, eux, ne veulent  plus patienter.

D’un autre côté, une grande majorité des démobilisés. Au nombre de 74 0000 au départ, ils devraient suivre un stage de resocialisation avant d’être réintégrés dans la vie civile par des activités génératrices de revenus. L’opération DDR a coûté 105 milliards de franc CFA. Mais depuis rien.  Ils manifestaient dans certaines parties du pays du fait de n’avoir pas été réinsérés. Leur dernière manifestation remonte au 10 avril dans la commune d’Adzopé, à Ferké et Pogo.

«  Si d’ici le 29 avril  2017, il n’y a pas de suite favorable à nos revendications, nous manifesterons dans les rues de l’ensemble du pays » avait confié à Politikafrique.info Anderson Touré le chargé de communication du mouvement dénommé « cellule 39 ».

Ces démobilisés revendiquaient «  la reconnaissance du grade de caporal, l’octroi de la prime de guerre dite prime ECOMOG soit 12.000.000 FCFA chacun, l’intégration des plus jeunes dans l’armée, les corps paramilitaires et dans les structures d’Etat telles que le Trésor, les impôts et la reconnaissance de leur mouvement »

Chez les fonctionnaires, la question du paiement des arriérés de stock après une trêve refait surface, perturbant le service public. Même si tous les syndicats ne se sentent pas concernés, certains comme la coalition des syndicats pour le paiement du stock des arriérés et la coalition des syndicats de la fonction publique (Cosyfop) ont lancé un
mot d’ordre de grève qui part du 24 au 29 avril. Ils réclament le stock des arriérés (SDA) qui leur est dû après le reclassement indiciaire de 2009. Montant cumulé, 249 milliards FCFA !

«  Nous sommes prêts à reprendre le service si nous entrons en possession d’une partie de la dette et que l’autre partie est échelonnée » a confié à Politikafrique.info Touré Alioudjou, Secrétaire général  de la coalition des syndicats pour le paiement du stock des arriérés. Et de préciser que «  si la croissance est à deux chiffres, on devrait tous en 
profiter. »

La première agence de notation de l’espace francophone africaine, à travers son dernier rapport sur la Côte d’Ivoire donne un aperçu de l’assurance que les investisseurs peuvent avoir dans le pays face aux différents cas de perturbation de l’économie. Pour Stanislas Zézé, PDG  de bloomfield Investment, le «  risque pays  Côte d’Ivoire est faible » après évaluation. Toutefois, il est relevé «  un environnement social fragile, la situation sécuritaire liée au risque d’attentat terroriste permanent, la réforme de l’éducation nationale, la situation de chômage des jeunes, une scène politique en mutation. »

Autre contexte, le déficit budgétaire lié à la baisse du cours du cacao. Quelle serait l’incidence de tels mouvements sur l’économie ivoirienne ?

Selon Sako Maxime, consultant économique et financier il faut savoir que l’Etat a fait plusieurs avenants de son budget donc il s’agira pour lui de revenir en arrière «  et s’en tenir au budget initial adopté. »  Il explique que les ministères comme l’éducation nationale,  la santé, la défense qui sont très budgétivores verront certains de leurs projets mis en veilleuse ou diminués y compris  tous les projets d’infrastructures qui risqueraient d’être soient abandonnés, soit revus à la baisse. Cependant, il soutient que le risque que l’Etat de Côte d’Ivoire fasse défaut à sa  signature ou ne respecte pas ses promesses, est réel mais très  faible. «  Il ne faut pas sous-estimer la capacité financière de notre pays » notifie l’économiste.  Il rappelle que lors de sa dernière réunion en Côte d’Ivoire, le FMI a demandé à la Côte d’Ivoire une croissance beaucoup plus inclusive « donc ses revendications sociales sont à prendre comme un rappel à l’ordre de la population par rapport aux promesses du gouvernement. »  Malgré tout Maxime Sako tient à préciser qu’« Il ne faut pas penser que l’Etat a le dos au mur …Que nenni !  Un Etat a mille et un moyen de ne pas tenir ses promesses » assure-t-il.

Pour Ballo Zié économiste spécialiste des questions de croissance, le budget comprend deux aspects : la dépense et les recettes. Il explique que « si les dépenses réelles dépassent celles qui étaient prévues c’est sûr qu’il y aura un déséquilibre au niveau du budget et comme celui-ci doit être équilibré, il va falloir une réduction au niveau de certains postes. » Il explique que le prix du cacao ayant chuté cela fait un manque à gagner à l’Etat vu qu’il perdra son pourcentage sur les exportations. « Ce qui est compliqué car d’un côté, des dépenses ont augmenté et d’un autre, les recettes ont baissé. Il faut donc trouver une compensation » recommande-t-il. Pour lui la Côte d’Ivoire  va soit s’endetter alors que l’on sait que les bailleurs ne financent pas le paiement de salaire, soit procéder à une réallocation des dépenses c’est-à-dire  faire en sorte que la somme allouée à l’investissement et autre  soit réduite au profit du fonctionnement. Avec pour conséquence que  « si le poste lié à l’investissement est réduit c’est sûr que cela aura une répercussion sur le rythme de la richesse dans le pays. Le taux de croissance va en pâtir. Les prévisions en matière de croissance peuvent être revues à la baisse. Le projet d’émergence va prendre un coup » fait-il savoir.

Le budget 2017 de la Côte d’Ivoire  a été adopté le 26 novembre 2016 par les députés membres de la commission des affaires économiques et financières de l’Assemblée nationale à 6501 milliards de  FCFA.

Raïssa Yao
Source : Rédaction Politikafrique.info

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