Gabon, On joue à se faire peur

La démocratie africaine est une fois de plus à l’épreuve de la transparence et de la crédibilité. Les candidats Ali Bongo Ondimba du Parti Démocratique Gabonais (PDG, pouvoir) et Jean Ping de l’Union des forces du changement (UFC, opposition), se déclarent chacun vainqueur avant la proclamation officielle des résultats par la commission électorale nationale autonome et permanente ce mardi.
La proclamation des résultats par la commission électorale est prévue ce mardi 30 août 2016 à 17 h. La patience n’étant pas la chose la mieux partagée par les candidats à la présidentielle du samedi 27 août dernier, Jean Ping et Ali Bongo, qui sont ex-beaux-frères, se livrent à des déclarations qui font planer de gros nuages noirs sur le Gabon.

Pour preuve, le Quai d’Orsay a fortement recommandé aux ressortissants français à Libreville de ne pas se hasarder dans la ville.

Boniface Boyou, président de l’Association des Electeurs de Côte d’Ivoire  (ASSELCI), à ce sujet, est sans ambages.

« D’abord, les citoyens gabonais ont été appelés aux urnes,  ils ont accompli leur devoir citoyen. Ensuite il ne revient pas à un candidat X de se proclamer vainqueur à une élection donnée. Il y a des structures officielles qui sont faites pour proclamer les résultats. Dès l’instant qu’un candidat par qui cette structure a proclamé sa candidature, la  valide, c’est qu’il a reconnu la légalité de cette structure et la légalité de sa candidature a été reconnue. Donc, il ne lui revient pas en tant que candidat à une élection donnée de se proclamer vainqueur. Pour nous, c’est anti-démocratique et c’est considéré ces électeurs  comme du bétail électoral. Et, ce n’est pas bon. C’est une manière d’appeler les électeurs à des manifestations. Le Gabon fait 1,8 millions d’habitants selon les statistiques officielles. Tout le monde n’est pas électeur. Et, sur la totalité des  électeurs, tout le monde n’est pas allé aux urnes. Je le répète, nous ASSELCI,  pensons qu’il ne revient pas à un candidat de se proclamer vainqueur. Jean Ping est une autorité respectable du Gabon. Il a été directeur du cabinet d’Omar Bongo père. Nous estimons que c’est quelqu’un qui a été à la gestion et qui est candidat pour gérer un pays ; et déjà ce qu’il commence à faire, ce n’est pas bon, c’est anti-démocratique » condamne Boniface Boyou.

Le Pr. Pierre Dogbo, politologue ivoirien, juge la situation politique d’alternance entre Ali Bongo et Jean Ping de blanc bonnet -bonnet blanc car, selon lui, « il n’y a fondamentalement pas de différence entre ces candidats qui viennent de la même base politique » estime-t-il.

« Il faut dire tout simplement que c’est un peu triste de voir que chaque fois qu’il y a des élections en Afrique, les pays se retrouvent dans une situation de tension indescriptible. Des tensions qui peuvent déboucher sur des violences postélectorales. Cela dénote de  l’immaturité des élites politiques africaines parce que c’est le pouvoir à tout prix. Or, le pouvoir à tout prix, n’est pas un comportement de démocrate. La démocratie veut qu’à l’issue d’une élection, on laisse les institutions en charge d’organiser les élections proclamer les résultats. Il n’appartient pas aux candidats de s’autoproclamer vainqueur. Dans le cas gabonais, il n’y a pas fondamentalement de différence entre Ali Bongo et Jean Ping ; les deux sont issus de la même famille idéologique. C’est le Parti démocratique  Gabonais de feu Omar Bongo où Jean Ping a été son ministre des Affaires Etrangères, et son fils Ali Bongo a été ministre de la défense. Ce sont des personnes qui se connaissent. Ils ont des liens de famille. Donc, fondamentalement, Jean Ping ne  peut pas être un homme de rupture et Ali Bongo non plus. Les deux ne sont que des hommes de la continuité de la politique gabonaise de tous les temps. Seulement, ce que nous souhaitons en tant qu’africains, c’est d’épargner la population gabonaise de vivre dans la violence. Faire couler le sang des innocentes personnes pour des gens qui finalement  ont tout eu au Gabon, qui sont issus de la même strate sociale, de la même famille on pourrait même dire biologique. Donc, à mon sens, il serait sage de leur part de laisser les institutions en charge des élections proclamer les résultats et que le vainqueur félicite le vaincu,  pour que le Gabon puisse aller de l’avant. Plus de guerre civile à l’issue des élections comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire par exemple » recommande le Directeur de l’école de Sciences politiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny (Cocody-Abidjan).

La campagne électorale a indiqué une soif de changement chez une partie du peuple gabonais. Tous les candidats, ont, semble-t-il ajusté ou conçu des programmes qui tiennent compte de l’évolution de la société, de ses mutations impliquant des besoins nouveaux.

Pour les relever, un seul comportement digne de démocrates s’impose, respecter le choix des urnes, du peuple gabonais dont le vote et les réelles intentions devront être traduites en résultats. Seul le Gabon doit sortir vainqueur de cette joute électorale. Mais, les deux candidats qui de par leur attitude font planer la menace d’un embrasement du Gabon devraient revoir le feuilleton, Côte d’Ivoire, crise postélectorale 2010, 3000 morts, des leaders politiques à la CPI.

Moïse ACHIRO.

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