Gambie : Adama Barrow évoque la justice, Jammeh braque la démocratie, la CEDEAO commence le ballet

Le Président gambien élu a-t-il fait peur à Yahya Jammeh qui trouve en la conservation du pouvoir un cocon protecteur? Tout porte à le croire.

La situation  en  Gambie  est tendue. Une semaine après avoir accepté sa défaite à la présidentielle du 1 er décembre, Yahya Jammeh  s’est rétracté. Il rejette les résultats et entend déposer un recours devant la Cour Suprême. Ce revirement a-t-il été causé par la promesse du nouveau Président élu Adama Barrow de traduire Jammeh en justice ?
Dr Fofana Mémon, sociologue ivoirien répond que  les propos d’Adama Barrow peuvent être à la base de ce revirement de Jammeh. «  Ces propos ont poussé Jammeh à ne plus quitter le pouvoir. On peut dire que le Président élu est trop vite allé en besogne, il pouvait attendre d’être aux affaires, après la passation des charges, pour tenir de tels propos à l’encontre de son prédécesseur », soutient l’enseignant-chercheur, joint par Politikafrique.info.

Le nouveau Président gambien, Adama Barraow, a promis quelques jours après son élection un avenir judiciaire pour son prédécesseur. Il envisage également réintégrer son pays à la Cour Pénale Internationale (CPI) de laquelle Jammeh a annoncé le retrait  en novembre dernier.

« La  Gambie fera tout pour reprendre sa place dans les institutions internationales, la CPI comprise. Je n’ai jamais dit que Jammeh ne sera pas traduit devant la justice, c’est la presse qui a déformé mes propos. Mon action ne vise pas les personnes en tant que telles, mais justice sera rendue au peuple gambien », a promis Adama Barrow dans une interview.

Tout comme Dr Fofana Mémon, c’est le même son de cloche pour Dr Guipie Eddie, politologue, Enseignant- chercheur à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo.

«Adama Barrow, le président élu, a commencé dès son élection à produire des déclarations  en grande intensité, il a reconnu le courage de son prédécesseur et crescendo, il a commencé à le vouer aux gémonies, à ne plus vouloir qu’il sorte du pays, à vouloir renter encore une fois dans le traité de Rome, et pourquoi pas, transférer Yahya Jammeh devant la Cour pénale internationale (CPI) », constate le politologue.

Selon lui, « on peut dire qu’il y a effectivement eu une  relation de cause à effet entre ces déclarations incendiaires et la posture de Yahya Jammeh qui a brutalement interrompu le processus électoral et s’est déclaré vainqueur avant de se ressaisir et ester devant la Cour Suprême. C’est décevant aux deux niveaux. Au niveau de Yahya Jammeh qui est quand même un soldat, qui a une parole d’officier à tenir, à engager et de l’autre côté Adama Barrow qui a tenu des propos quand même irresponsables » soutient Dr Guipie Eddie.

Le spécialiste estime que lorsqu’une chasse aux sorcières est déclenchée, cela  peut donner des idées à tous ceux qui sont prisonniers des faits qu’ils ont  commis dans le passé, à ne pas quitter le pouvoir.

Et d’ajouter qu’« Encore une fois et dans tous les cas, c’est le peuple gambien qui perd, C’est vraiment dommage pour les gambiens », déplore Dr Guipie Eddie.

La communauté internationale et les organisations africaines de façon unanime ont condamné cette volte-face spectaculaire  de Yahya Jammeh.

Une délégation de Chefs d’Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est attendue ce mardi 13 décembre à Banjul pour négocier le départ du Président sortant. La Présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf en tête de la délégation est accompagnée de ses homologues du Nigéria et de la Sierra-Léone.
Le Président de la Commission de la CEDEAO, Marcel de Souza, intervenant sur RFI ce mardi matin a indiqué que la communauté « privilégie d’abord la diplomatie préventive ».

Toutefois, il a fait savoir que si la  négociation accouche  d’une souris, des mesures plus draconiennes seront envisagées.

Les chefs d’Etats et de gouvernements de la CEDEAO se réuniront samedi 17 décembre à Abuja, la capitale nigériane, pour statuer sur le cas gambien.

Gnoungo Fanta
Source : Rédaction Politikafrique.info

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