Gambie- Le système électoral aux billes, tombeuses de Yahya Jammeh

La Gambie a surpris le monde entier avec son système électoral aux  billes. Jugé archaïque et non transparent, ce mode a permis aux gambiens de mettre fin à 22 ans de règne de fer du Président  Yahya Jammeh. A l’aune du succès du modèle de Banjul, ne faut-il pas adapter le système du scrutin à la situation du pays ?

En dépit des critiques acerbes contre le système électoral aux billes gambiennes, la présidentielle du 1 er décembre de la Gambie s’est déroulée sans heurts et dans la transparence. Adama Barrow, le nouveau Président gambien a remporté le scrutin avec 45,5% de voix contre 35,5% pour son adversaire Yahya Jammeh.

Le président sortant, l’homme fort de Banjul a accepté à la surprise générale, les résultats communiqués par la commission électorale indépendante dès le lendemain du vote, c’est-à-dire le vendredi 2 décembre.

Pour Pr Pierre Dogbo, professeur de Droit et Directeur de l’Ecole de Sciences politiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan), il faut absolument adapter le système électoral à la situation d’un pays.
« C’est la leçon que la Gambie nous donne. Le système électoral gambien est un système original qui devrait inspirer tous les africains. Voilà un petit pays d’Afrique qui donne une leçon de démocratie et de fair-play aussi bien aux africains qu’aux occidentaux. La Gambie a démontré qu’on n’a pas besoin de superviseurs occidentaux  pour qu’une élection soit crédible en Afrique, elle a aussi démontré qu’un président sortant peut perdre les élections et reconnaître sa défaite », constate-il.

Selon lui, copier servilement  l’occident  entraîne souvent des problèmes. Il tire donc le chapeau à la Gambie et à Yahya Jammeh sans omettre de féliciter également le nouveau Président Adama Barrow.

Le système électoral aux billes adopté par la commission électorale indépendante de la Gambie consistait pour les électeurs à utiliser des billes en les introduisant dans l’un des  trois bidons. Les bidons étaient respectivement peints aux couleurs et photos  des trois candidats. Une fois la bille tombe dans le bidon, une sonnette de bicyclette installée à l’intérieur sonne. Alertés par la sonnerie, le président du bureau de vote et ces collaborateurs pouvaient ainsi confirmer que le votant a accompli son devoir civique.

Dr François Adou, géopolitologue, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny indique pour sa part que « le scrutin aux billes de la Gambie a payé, c’est un processus à saluer, à encourager, cela augure d’une Afrique meilleure, une Afrique qui peut gagner », se réjouit-t-il.

Poursuivant, le politologue  estime que le succès de ce système gambien répond également de la crédibilité du président de la commission électorale indépendante, Aliou Momarr Njai. « C’est un homme de dignité et d’honneur. C’est très important, contrairement aux autres présidents de commissions controversées », salue l’universitaire.
Le président de la commission électorale indépendante, Aliou Momarr Njai avait effectivement rassuré quant à la fiabilité de cet ancien système électoral aux billes. Les résultats publiés par sa commission n’ont pas été contestés par les trois candidats en lice.

La Gambie est un pays qui a un fort taux d’analphabétisme. C’est l’une des raisons pour lesquelles la commission électorale a opté pour ce modèle. Ce, en vue de permettre aux électeurs illettrés de voter à leur aise.
« Le mode de scrutin pose souvent des problèmes. La majorité des électeurs est paysanne et analphabète. Avec les partis uniques, ils votaient avec un seul bulletin. Le système de bulletin unique avec plusieurs candidats est compliqué pour eux, les gens dans les villages n’arrivent même pas à déceler la photo de leur candidat, cela fait qu’il y a beaucoup de bulletins nuls », explique Palé Dimaté, spécialiste des questions internationales.

Il fait savoir que si un pays pense qu’il faut adapter le système à ses réalités, compte tenu du taux d’analphabétisme, cela ne cause pas de problème, mais il faut que ce  mode de scrutin soit universel, que le système ne soit pastaillé à la mesure des candidats.

En revanche, l’honorable Palé Dimaté estime que bien que ce soit difficile, « il faut qu’on apprenne à adopter le système de bulletin unique, qui est la vraie solution démocratique ».

Les analystes de façon unanime invitent le nouveau Président Adama Barrow  à proscrire la justice des vainqueurs, s’il veut consolider la paix dans son pays.

Gnoungo Fanta
Source : politikafrique.info

Commentaires Facebook Politik Afrique

comments

EVALUEZ CET ARTICLE
User Rating
0/10

ARTICLES DE LA CATEGORIE

Quelque chose à dire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*