Insalubrité- Les ordures et urines résistent, « grand ménage » pour abidjan toujours sale.

Le gouvernement à travers le ministère de la Salubrité Urbaine, de l’Environnement et du Développement Durable engage une lutte contre l’insalubrité du pays. Constat de cette insalubrité à la peau dure.

« Abidjan est sale parce que les abidjanais sont sales. Que ce soit à Cocody centre ou à Yopougon, le constat reste le même » a reconnu la Ministre ivoirienne de la Salubrité Urbaine, de l’environnement et du développement durable, Anne Désirée Ouloto, lors d’une rencontre ce jour, avec la presse nationale au siège du quotidien Fraternité Matin.

Point unique de la rencontre,  la prochaine et imminente campagne de salubrité en Côte d’Ivoire. « Cette année, la décharge d’Akouédo sera fermée et réhabilitée. Il y aura de nombreuses réformes. Le 23 février, nous lancerons la campagne 2017 de la salubrité. Le 4 mars, sera initiée l’Opération Grand-Ménage à programmer chaque premier samedi du mois » a annoncé Anne Ouloto.

Cette opération coup de poing et de pelles contre les ordures ou le jardinage urinaire dans tous les espaces de la ville, répond à un cri du coeur collectif. La capitale économique ivoirienne pue, rend malade. La fièvre typhoïde est d’attaque ces dernières semaines à Abidjan.

Sur le terrain, du travail attend la Ministre. Le constat effectué par Politikafrique.info n’est pas reluisant. A l’entrée du Marché Forum d’Adjamé, Des bacs à ordures sont détectables à l’odeur.  Il est midi et ils sont pleins à craquer. Pourtant, des commerçants rencontrés assurent que ce matin elles étaient vides.

« L’odeur puante, est le premier accueil  du client. Des passants profitent des poubelles pour indiquer l’emplacement  exacte de certains commerçants », affirme une dame qui s’exprime sous anonymat. Elle indique être « étrangère donc je ne veux pas parler. Sinon, ce n’est pas facile de travailler étant adossé à une poubelle. Mais, comme on n’a pas de place, on est obligé » fait-elle savoir.

Juste à côté, Abou vend des ignames. « Djo (homme, mec!), nous on est dedans depuis plus de 8 ans. L’odeur là même est devenue notre parfum. Quand tu ne te sens pas bien, d’abord ton corps te démange. Je vais donc à l’hôpital et je reviens, pour m’occuper de ma famille » soutient le vendeur d’ignames.

Proche d’un autre bac à ordures, le jeune Stéphane s’est installé il y a 2 mois avec sa  cabine téléphonique. « Il faut dire que chaque soir entre 21h et 22h, les  camions de ramassage passent et vident les bacs à ordures. Mais, le matin, avant 11h, tu peux vérifier, les bacs débordent de déchets sortis du marché» révèle le gérant de cabine.

Chez Camara Ramatou, une habituée du site puant, debout avec son garçonnet au dos, vend des oranges en face d’un bac à ordure. « On tombe malade et on se soigne. C’est comme cela. C’est la place que j’ai eue pour chercher un peu d’argent et  nourrir mon fils, » dit-elle d’un air désolé. «  Nous sommes habitués, c’est ceux qui cachent leurs nez qui souffrent », assure-t-elle.

Une souris morte ici, au sol, un vendeur de brochettes là, une eau stagnante proche de la vendeuse de poissons grillés, une foule de gens qui passe et repasse avec des pousse-pousse, le tout dans une pestilence à réveiller un mort mais qui fait partie du décor du forum d’Adjamé.

Face à ce spectacle qui se passe de commentaire, Anne Désirée Ouloto fait savoir que «  Le gouvernement travaille à la mise en place d’un plan vert pour changer les comportements malsains et bruyants. Je pense qu’après 3 et 4 mois de grands ménages, les résultats seront nets » se rassure-t-elle.

Elle poursuit pour annoncer un classement trimestriel des villes ivoiriennes, assorti de sanctions. « chaque trimestre, je vais classer les villes de Côte d’Ivoire des plus propres aux plus sales. Les premières sanctions vont tomber à compter du 4 mars. Car, tout le monde est concerné, des élus aux syndicats de quartiers », annonce Anne Ouloto qui dit attendre des résultats concrets cette fois-ci.

Pour la Ministre de la Salubrité Urbaine, « on ne peut cacher le soleil avec la main. Il faut que la population comprenne,  prenne conscience, change de mentalité. La propreté, c’est la vie. La saleté, c’est la maladie et la mort. Il ne s’agit pas  seulement de casser, il faut aussi éduquer », soutient « maman bulldozer ».

De Fraternité Matin au rond-point de Liberté, lieu choisi il y a quelques mois pour une cérémonie symbolique de déguerpissement suivie d’embellissement, il y a juste un embouteillage créé par la dégradation de la chaussée vers le rond-point. De l’eau noire endommage le bitume. Cette souffrance, la mairie ou le district d’Abidjan, ne la perçoive pour l’instant pas.

Politikafrique.info fait un tour à Liberté. Les sachets plastiques jonchent les trottoirs déjà déguerpis en fin 2016, relève un passager de ‘’woro-woro’’, taxi-communal  en partance pour Cocody Saint-Jean.
Selon ce client, «  c’est le résultat des nouvelles installations  illégales. Du cordonnier en passant par les usagers de gbakas, aux vendeurs ambulants de vêtements, tout le monde doit arrêter de jeter des déchets par terre. Comme cela, on pourra évoluer » préconise-t-il.

A la gare de transport  inter-villes dit Gbèba, vers Renault, le paysage n’est pas beau à voir. Surtout en temps de pluie. L’huile noire des autobus se mêle à la boue dans les parkings des compagnies de transport. La décharge qui y est déposée, reste continuellement à ciel ouvert.

Elle devient par moment, un grand dépotoir à ciel ouvert au milieu des vendeurs de légumes et autres articles de voyages.  « Ce dépotoir pollue l’air ambiant de la gare. Il est inévitable de contracter une maladie » prétend Moussa, un employé d’une compagnie de transport.

Mais, devrait-on accorder du crédit à cette opération qui se déroule pour l’heure dans les bureaux et dans les médias après l’échec des premières? Dr Albert Yao Kouakou, sociologue de la santé, Enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouët-Boigny, a son opinion sur la question.

« « C’est du tapage médiatique. Tout est question d’éducation. Mobilisons toute la Côte d’Ivoire pour cette opération de nettoyage et après ? Le problème n’est pas de nettoyer quoi que nettoyer c’est bien. Le problème c’est que chaque ivoirien ou habitant de la Côte d’Ivoire arrive à gérer ses ordures« , préconise le sociologue. « Et surtout, ne sortir sa poubelle que lorsque le camion de ramassage passe. Encore faudra-t-il qu’il passe régulièrement et arrive partout », interpelle-t-il. Le vide juridique contraignant et répressif n’est-il pas la cause de ce laisser-aller des ivoiriens? « Le vide juridique oui mais cela relève plus du civisme » estime pour sa part Dr Albert Yao Kouakou.

Le Docteur Cissé Lamine, médecin et analyste pour politikafrique.info rappelle que les  ivoiriens exposés aux ordures déversés dans les rues encourent des risques de dégradation de la santé.

«  Les déchets  finissent par agresser notre santé. Les pathologies peuvent  être attrapées si nous ne lavons pas nos mains. Nous pouvons avoir des infections manu-portées. Si nous ne lavons pas les aliments, nous nous exposons aux diarrhées, aux vomissements. Ce sont des maladies issues de notre tube digestif. Il y a aussi,  des démangeaisons et des réactions cutanées. Le problème avec les déchets en putréfaction, est que leur respiration provoque chez le l’homme la toux, les bronchites, et le rhume. Les déchets en décomposition  deviennent aussi pour tous individus, du gaz dans l’œil et cause la conjonctivite, des larmoiements et d’autres troubles oculaires. L’eau souillée dans le sol le rend sale et provoquent des réactions cutanées, des pieds d’athlètes et le tétanos  qui est mortel. Les mouches  aussi transportent ces déchets à l’homme avec des maladies. Il faut donc se laver continuellement les mains pour les éviter, désinfecter et maintenir la propreté des lieux » recommande le médecin.

Il faut saluer l’initiative de la ministre. Le grand ménage d’Abidjan s’impose. La participation citoyenne de la population ne peut être que salutaire. C’est une question de santé publique autant que d’amélioration du cadre de vie des Abidjanais. Il faut espérer que la mobilisation contre la crasse et les comportements néfastes soit durable.

Moïse  ACHIRO.
Source : Politikafrique.info

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