Interview- Retour des migrants, Issiaka Konaté, DG des Ivoiriens de l’Extérieur : « Beaucoup de précautions sont prises »

Des migrants ivoiriens   en situation de détresse en Libye sont rentrés à Abidjan ce 13 avril 2017.  Dans cet entretien, Issiaka Konaté, Directeur  des Ivoiriens de l’Extérieur au ministère de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur explique  le mécanisme de rapatriement.

Combien d’Ivoiriens sont-ils arrivés de Libye ce 13 avril 2017 ?

Ils sont 156 personnes.

L’actualité fait cas de ressortissants d’Afrique subsaharienne retenus en esclavage en Libye. Quel est le profil de ceux qui viennent de rentrer ?

C’est très complexe. Beaucoup d’entre eux ont travaillé avec l’OIM (Office International des Migrations) pour sortir des différents centres de détention pour qu’on puisse obtenir, grâce à l’appui de notre ambassadeur en Libye leur libération, puis leur évacuation humanitaire vers la Côte d’Ivoire. Il y a beaucoup de jeunes personnes et des personnes extrêmement jeunes. On voit que ce sont des vies à la dérive. Il nous faut continuer de travailler avec nos représentants diplomatiques de sorte à permettre que nos frères et sœurs puissent revenir de manière sécurisée en Côte d’Ivoire lorsqu’ils le souhaitent.
On constate qu’il y a de plus en plus des vagues de retour d’Ivoiriens en situation de détresse à l’extérieur.

A ce jour combien d’Ivoiriens sont-ils déjà rentrés ?

Au total depuis la crise en Centrafrique, 1050 Ivoiriens sont de retour. Si on ajoute les 156 de ce jour, nous sommes à 1206. Cela veut dire que la Côte d’Ivoire est un pays qui s’intéresse au sort de ses ressortissants, peu importe où ils se trouvent. C’est un sentiment d’énorme fierté. Mais face à la détresse de nos compatriotes, cela me pose un problème psychologique car je souhaite qu’on puisse venir à bout de cette situation.

Quel est le mécanisme de suivi à leur retour au pays ?

Un travail se fait au niveau de la Police. Il y a un système d’intégration. Nous proposons des appuis pour retourner en famille. Le reste du dispositif intervient au niveau des différents départements ministériels concernés.  Je ne suis pas pour une hiérarchisation de la souffrance. Il faut éviter de créer des catégories d’Ivoiriens en fonction des difficultés. Ce que je souhaite est qu’il y ait un dispositif national à adapter en fonction des difficultés.

Comment arrive-t-on à identifier les migrants et les regrouper ?

L’ambassade fait un premier travail d’identification. Le second travail est la transmission des données sur les personnes au ministère concerné en Côte d’Ivoire, qui fait un autre travail de validation pour émettre des laissez-passer. C’est quand même un travail qui est fait. Ce travail se poursuit quand les personnes arrivent. Beaucoup de précaution sont prises. Nous allons continuer avec beaucoup de prudence pour que tous les Ivoiriens qui se retrouvent à l’extérieur dans une situation d’extrême détresse, souvent exposés à des esclavagistes, s’ils souhaitent revenir. C’est l’ambition d’un pays moderne. Nous allons poursuivre sur cette voie.

En fin 2016, on vous a vu actif au niveau de Daloa, dénonçant des filières de passeurs. Que deviennent les filières de la migration clandestine à Daloa ce jour ?

La semaine dernière, nos équipes sont parties à Daloa pour soutenir des actions dans une opération qui était très importante. Cette opération a permis de lancer des projets de jeunes. L’un des projets est dénommé « faso-kafissa » (NDLR : la maison est mieux en langue commerciale). Le projet a été lancé le 29 mars 2017. La jeunesse de Daloa a obtenu le prix d’excellence des mains du chef de l’Etat d’une enveloppe de 10 millions de F CFA.  Je crois que des efforts sont faits sur le terrain. Il faut poursuivre les efforts, les diversifier et voir comment nous pouvons dresser les failles dans le système. Personne n’a la solution miracle. La migration est un phénomène complexe. Il faut travailler en profondeur.

Quel message particulier adressez-vous aux jeunes qui seraient tentés par l’aventure de ce type ?

L’eldorado c’est ici. Le retour des migrants ce jour est la preuve qu’il n’y a pas forcement ce sentiment de réussite là-bas.  Nous recommandons à la jeunesse ivoirienne de prendre les opportunités qui s’offrent à elle sur place dans le pays. Si les jeunes constatent des difficultés, qu’ils prennent attache avec les ministères concernés pour qu’ensemble une réponse cohérente leur soit apportée.

 VOIR LA VIDÉO ICI

Interview réalisée par Nesmon De Laure
Politkafrique.info

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