Législatives 2016, Grande pression sur le RHDP

Comment contenter tout le monde sans faire de frustrés ? C’est à cet exercice que les partis membres du RDHP, la coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire, réfléchissent actuellement. Le nombre pléthorique de candidats enregistré à ce jour dans chaque chapelle politique, l’équation est bien plus que difficile à assumer au niveau du RDR et du PDCI.

1111 postulants au RDR espèrent avoir l’onction de leur parti pour les législatives.  Plus de 450 se manifestent au PDCI, et environs  400 se signalent à l’UDPCI.  Ainsi se présente en substance le décompte des dossiers recueillis pour les législatives au niveau des principales formations politiques du RHDP.

Dans la grande famille houphouétiste, ce boom de candidats n’est pas du goût de tous. Le 1er septembre dernier, en tournée d’installation des coordinations RHDP à Daloa, le député PDCI Ouassénan Koné fustigeait le RDR qui présente 93 postulants pour 6 postes dans cette localité. « 93 candidats pour 6 postes de députés. Je trouve cela ridicule. Tout le monde ne peut pas être député. Les frères du RDR, je vous demande pardon. Si vous étalez les divisions, cela ne peut pas marcher. Et cela est valable pour tous les autres partis. Soyons sages », a-t-il exhorté, traduisant ainsi le malaise qui prévaut dans la gestion des dossiers des candidats à la candidature au niveau de cette coalition.

Difficultés à publier la liste des retenus

Le parlement ivoirien dans sa configuration actuelle ne compte que 255 sièges. Des tris s’imposent mais plus facile à dire qu’à faire. Dans chacune des chapelles politiques, membres du RHDP, des comités électoraux sont mis en place. Au RDR, cette structure maison devait statuer sur le sort des postulants le 31 août dernier. Pour des raisons encore inconnues, elle a reporté la publication de la liste des candidats retenus. A une date inconnue.

Au PDCI, la publication de la liste des retenus peine également à être publiée. « Nous sommes prêts, mais la liste produite par le comité électoral ne sera pas publiée », mentionnait en fin de semaine dernière Maurice Kacou Guikahué, le secrétaire exécutif du parti de Henri Konan Bédié à la réception des travaux du comité électoral de son parti. Toutefois, dans cette formation la parade est trouvée. Selon lui, un comité de pilotage sera mis en place au RDHP  où se feront « les négociations pour aller partager les circonscriptions électorales ». Après ces petits arrangements, les noms des candidats seront connus en fonction des circonscriptions attribuées à chaque parti membre du RHDP.

Mais qui prendre pour porter dans un premier temps les couleurs du PDCI, RDR, UDPCI, MFA et UPCI  et au-delà, pour être les portes étendards du RHDP dans les différentes circonscriptions ? Et qui laisser sans créer des frustrations ? Mieux, est-ce que ces choix répondront aux aspirations des militants de base ? Bref, les candidats non retenus rentreront-ils tous dans les rangs ?

Selon des militants, un fait est indiscutable. Les choix de ces hommes et ces femmes pour porter les couleurs de leur formation politique, ne se feront pas sans anicroche. Au sein même des partis, pris individuellement, les rivalités sont un secret de polichinelle. Chaque cadre se sent une carrure de leader dans sa localité. Il estime en être le représentant au détriment d’un autre. L’exemple des partisans des députés Yasmina Ouégnin du PDCI et d’Affoussiata Bamba Lamine qui s’empoignent actuellement via Facebook est éloquent. En d’autres termes, le rejet incontournable de nombreuses candidatures au RHDP pourrait être une porte ouverte aux indépendants.

« Dans la constitution des dossiers, mon parti a dit dans une des chartes que si vous déposez votre dossier, vous vous engagez sur l’honneur, dans le cas où le parti ne vous choisirait pas pour une raison ou une autre, à ne pas vous présenter en indépendant. Pour moi il faut respecter le parti. Cette clause me fait peur parce que j’estime qu’après plus de quatre ans de militantisme au RDR, j’ai bien le droit de me battre pour être député dans ma circonscription; ce qui serait le couronnement de ma lutte politique. Par ailleurs je ne veux  pas mettre mal à l’aise mon patron, le ministre Amadou Soumahoro parce qu’aujourd’hui, j’ai le terrain avec moi. Je suis l’homme de terrain de Logoualé. Après avoir accepté le choix porté sur moi par les habitants et les parents, ce serait pour moi une trahison que de me laisser ferrer par des règles de mon parti. A un certain moment de la vie politique, il faut savoir prendre ses responsabilités. Je ne peux pas me laisser empêcher par une règle », estime Evariste Yaké militant du RDR et candidat indépendant déclaré.

Se méfier de l’opposition ?

Autre élément à prendre en compte, l’opposition politique. Laquelle entre en compétition pour ces législatives à venir. Selon Geoffroy-Julien Kouao, un juriste et analyste politique, la menace que peut constituer l’opposition, est soumise à condition. « L’opposition est dans un état de désunion et d’inorganisation profond qu’il lui sera difficile de proposer une offre politique qui pourrait constituer une alternative crédible. Si la dynamique ne change d’ici novembre, il sera facile pour le RHDP de remporter plus de 128 sièges sur les 255. Seule incertitude, le référendum constituant. Un non ou un faible taux de participation pourrait gripper l’appareil RHDP et créer de nouvelles dynamiques qui viendraient non pas de l’opposition politique mais de la société civile », estime le politologue joint par Politikafrique.info. 

« Le FPI a toujours des chances. Si dans nos bastions nous savons bien gérer, on aura des élus. Seulement il faut savoir que de moins en moins, les ivoiriens sont peu portés sur la politique. Ils sont déçus de tout ce qui est politique en général. Notre premier défi sera le taux de participation. Si nous arrivons à convaincre nos partisans à participer aux élections dans nos bastions, on aura des députés. Aux dernières législatives, il y a des députés qui ont été élus avec 700 voix parce que le FPI a boycotté. Il faut déduire que si nous allons aux élections avec ces conditions, ils ne gagneront pas. Je ne ferai pas de fétichisme des chiffres, mais je peux vous dire que nous avons des chances d’avoir un très bon groupe parlementaire. La seule question qui nous bloque, c’est le gel de nos comptes bancaires. Le Président Alassane Ouattara sait que les dégeler, serait nous offrir la victoire. C’est pour cela qu’il traîne sur la question de dégel des avoirs des partisans du front populaire ivoirien. Car s’il procède au dégel complet des avoirs, nous allons financer les campagnes et cela va mettre en difficulté les partis au pouvoir », indique à Politikafrique.info Diabaté Bêh, le secrétaire national du FPI en charge d’Abobo et Anyama, joint ce mardi.

Lors des dernières législatives de 2012, le RHDP la coalition au pouvoir était en roue libre. L’opposition et principalement le Front populaire ivoirien  (FPI) n’avait pas participé. Ce parti fraîchement encore sous le choc de son éviction du pouvoir d’Etat en 2011 suite à la crise post-électorale, ne se sent pas suffisamment armé pour se lancer dans la course aux sièges de l’Assemblée nationale.

Richard YASSEU

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