Lettre à « qui »/Philippe Di Nacera

Cher Messieurs ou monsieur « qui » (« cher », bien sûr, n’étant qu’une formule convenue car ce matin vous n’êtes « cher » qu’à bien peu de personnes), vous venez de faire vivre à la Côte d’Ivoire un nouvel épisode de stress intense, un de plus, comme il y en a eu, et de plus dramatiques, depuis le début des années 2000. Il fallait voir les ivoiriens, durant ces heures incertaines, « descendre » tôt du travail pour se précipiter chez eux, se ruer dans les supermarchés, faire des provisions pour tenir un siège, chercher désespérément, presque de manière irrationnelle, la bonne information, ne parler que de « ça ». Ça, c’est, simplement, la sortie des casernes, dans plusieurs grandes villes du pays, armés jusqu’aux dents, quelque fois avec des armes lourdes, de militaires qui revendiquaient l’obtention de primes et de meilleurs conditions de travail. Ils ont paralysé ces villes, terrorisé les populations et menacé de renverser le pouvoir s’ils n’obtenaient pas satisfaction. Drôle de façon de revendiquer, comme l’a relevé Alassane Ouattara.

Le problème est qu’en 48 heures, la Côte d’Ivoire a vu son crédit international, patiemment reconstruit pendant cinq ans, lourdement entaché. Les investisseurs internationaux seront-ils aussi enclins à se précipiter sur un pays qui semble pouvoir basculer dans l’incertitude ou la violence aussi rapidement et facilement? La Côte d’Ivoire, qui brigue un poste au conseil de sécurité de l’ONU avec le soutien de l’Afrique, sera -t-elle toujours aussi crédible aux yeux du monde lors du vote?  Heureusement, l’épisode n’a pas duré. Mais, il est plus aisé de détruire une image que de la façonner.

C’est certes un coup de semonce pour le pouvoir qui devra traiter au fond, et sans délai, cette affaire d’anciens combattants (dont pourtant le programme ADDR est donné en exemple sur le continent africain) et non plus colmater les brèches en situation de crise. Car la prochaine alerte pourrait être, elle, dramatique. Cette fois-ci était déjà beaucoup plus brûlante qu’en 2014 où, les mêmes, c’est-à- dire ceux qui ont largement contribué à installer le Président Ouattara dans son fauteuil de chef d’Etat, avaient ainsi manifesté, avant, déjà, d’obtenir gain de cause.

Si les anciens combattants ont sûrement des raisons de mécontentement, la vraie question, celle qui brûle toutes les lèvres à Abidjan, c’est qui? Qui est derrière? Qui tire les ficelles? Car ce n’est pas faire injure aux insurgés que de dire qu’ils n’auraient pu, à eux seuls, penser et organiser « spontanément » une mutinerie si bien menée. Chaque acte, chaque garnison entrée dans la danse, le tempo choisi, la mise en scène de l’angoisse des ivoiriens, la montée minutieuse de la tension, jusqu’au bouquet final, la sortie des hommes du camp d’Akouedo à Abidjan même, tout semble avoir été réglé, à l’avance, sur du papier à musique. S’appuyer sur des revendications existantes, peut être légitimes, pour orchestrer une telle démonstration de force afin d’envoyer des messages subliminaux à ceux qui nous gouvernent, bien peux sont capables de le réaliser.

Cher(s) « qui », Monsieur ou Messieurs les tireurs de ficelles, les ivoiriens, exaspérés, vous le disent, ça suffit! Monsieur ou Messieurs les cyniques, vous qui privilégiez votre petit, minuscule, intérêt personnel (fusse -t-il assis sur des amas de gros billets) aux dépends de celui de votre pays et de votre peuple; Vous qui n’avez probablement, publiquement, que louanges et sens du sacrifice à la bouche au profit de ce même pays et de ce même peuple, qui que vous soyez, arrêtez! Arrêtez cette vieille politique « à l’africaine » où montrer ses muscles -ou plutôt ses armes- est plus important que de présenter ses qualités devant le peuple. Vous ne l’avez pas encore perçu mais l’Afrique a changé. Regardez le Nigeria. Regardez le Ghana. Regardez même votre pays, la Côte d’Ivoire, que vous croyez si bien connaître. Ici aussi les élections fonctionnent et c’est bien ce qui surprend le monde après la grave la crise que le pays a connue. Personne n’acceptera, ni à l’Intérieur, ni à l’extérieur que le gouvernement légitime de Côte d’Ivoire soit renversé par un coup de force. Il faut être aveugle et sourd pour l’ignorer.

Si les masques tombaient, nous serions peut-être surpris -ou pas- mais vous, cher(s) qui,  êtes forcement bien connus des ivoiriens. Sachez que, pour ceux qui jouent ainsi avec le destin d’un pays, ça se finit toujours mal.

Philippe Di Nacera
Directeur de publication

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