Liberté de la presse et secret défense, mettre fin à la difficile collaboration

Le contrôle démocratique de la gouvernance sécuritaire par les médias se heurte au secret-défense en Côte d’Ivoire. Pour harmoniser les vues, un cadre de collaboration entre les journalistes et les militaires est recommandé par les acteurs. 

Il n’est pas toujours aisé d’accéder à l’information sécuritaire en Côte d’Ivoire. « Nous constatons que depuis des années, lorsque nous allons sur les lieux des événements, il y a un comportement  réfractaires des agents des forces de l’ordre au niveau des informations capitales aux journalistes. Lors de l’attaque  de Grand Bassam, nous sommes arrivés sur les lieux vingt minutes après les premiers coups de feu, nous n’avons vu aucun service de communication de l’armée ivoirienne  sur les lieux alors que les chaînes étrangères et la gendarmerie du 43ème BIMA étaient sur les lieux. Nous étions obligés de nous démener pour avoir les informations auprès de l’armée française qui informait les journalistes français », indique Didier Kéi, journaliste dans un quotidien privé ivoirien.

Durant sa carrière, il se spécialise sur les questions sécuritaires. Son constat  est le suivant: « Nous allons souvent à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, la plus grande prison ivoirienne, lorsqu’il y a une mutinerie et que nous arrivons sur les lieux, à part les informations que le journaliste peut avoir avec certains détenus, gardes pénitentiaires, il est quasiment impossible d’avoir l’information officielle pour que nous rédigions des articles fouillés et équilibrés », dénonce Didier Kéi.

La réplique du Colonel Abina Koffi Jean Claude, Chef du service communication des armées et commissaire CAIDP ne se fait pas attendre. « Nous sommes tenus au secret-défense. Cependant, l’armée communique sur ce qui est communicable.  Et au niveau de la Commission national d’accès aux informations d’utilité publique (CAIDP, l’armée a bien un point focal enregistré à contacter en cas de besoin d’information. La liste des points focaux pour toutes les administrations publiques, l’armée y compris a bien été communiquée par voie de presse. Et lorsque des événements ont lieu, un porte-parole est désigné au niveau de l’armée », répond le responsable militaire.

Politikafrique.info recueille ces avis contradictoires à l’occasion  du séminaire sur le contrôle démocratique de la gouvernance sécuritaire tenu à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne du 8 au 10 mars 2017. Organisée par le Conseil National de Sécurité (CNS) de Côte d’Ivoire, la rencontre bénéficie d’un appui  des représentations pays du PNUD et de l’Unesco.

L’objectif est de familiariser les acteurs de la sécurité sur leurs rôles et leurs responsabilités. Il s’agit aussi de faire comprendre les rôles et responsabilités des médias comme acteurs du contrôle démocratique de la sécurité.
Les ateliers relatifs à l’accès à l’information militaire a connu  des débats, parfois houleux.

Au final, les participants, se mettent d’accord sur la nécessité de collaborer.  Au nombre des séminaristes, on note des patrons de presse, des rédacteurs en Chef, les syndicats de journalistes, les organes de régulation et d’auto-régulation, le service de communication de l’armée, et les experts du Conseil National de Sécurité.

Pour ce qui est du partenariat, les participants sont d’accord pour «  la mise en place d’une plateforme de collaboration entre les Institutions de sécurité et les Médias et la création d’un observatoire sur la sécurité incluant la sécurité des médias » Les journalistes ont émis le besoin d’être davantage formés sur le secteur de la sécurité.

Par ailleurs, dans sa présentation, Souleymane Bamba, directeur des opérations de la CAIDP se veut rassurant : « Les administrations doivent apprendre à intégrer le fait nouveau que le droit d’accès à l’information et aux documents publics, loin d’être une charge ou un handicap est bien plutôt un atout qui leur permet d’établir des relations plus confiantes et plus transparentes avec les usagers. Aussi, leur permet-il de mieux faire connaître leurs actions, leur travail » s’est-il voulu rassurant.

De son côté, Francis Domo, journaliste, régulateur de presse  rappelle le secret-défense. Il conclut qu’ « Il faut que le droit d’accès à l’information soit constamment mis en balance avec les nécessités de sécurité nationale d’autant que le pays est exposé  à des menaces de sécurité interne ou externe. (…) Les questions de sécurité nationale, à l’ère de la liberté de la société de l’information est un intérêt commun qui doit être traité dans le cadre d’un partenariat durable et un climat de compréhension mutuelle ». L’extrémisme violent, la lutte contre les armes légères, la sécurité communautaire et le dialogue socio-sécuritaire font partie des différents thèmes développés.

Nesmon De Laure
Source : politikafrique.info

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