LIBRE EXPRESSION / Pour comprendre l’Affaire Fillon

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Quelques réflexions sur le Penelope Gate : Je suis beaucoup interpelée ces derniers jours sur cette affaire.

Connaissant effectivement très bien le fonctionnement du parlement, je souhaitais rappeler quelques vérités face à la déferlante de post mensongers et/ou complotistes :

-1er point : employer sa femme et/ou ses enfants comme collaborateur(s) parlementaire(s) est tout à fait légal. On ne reviendra pas sur ce point. Même si je n’ai trouvé aucun autre parlementaire qui ait cumulé les 2, femme + 2 enfants.

–Second point : encore faut-il que ces emplois soient réels et non fictifs. Du fait de mon expérience au Parlement, plusieurs éléments me troublent :

1- dans les très rares interviews qu’elle a accordées, à chaque fois Penelope Fillon assure et assume ne jouer aucun rôle dans la carrière de son mari, dit ne pas vouloir se mêler de ses affaires publiques. Lors de la primaire, il a toujours été impossible d’obtenir une interview d’elle, la réponse était qu’elle se tenait loin de la politique. Premier élément troublant pour quelqu’un censé avoir travaillé aux côtés de son mari depuis tant d’années.

2- les premiers éléments de l’enquête montrent que Penelope Fillon n’a pas souvenir d’avoir signé des contrats de travail, ne possède pas de badge d’accès à l’Assemblée nationale, ni de boîte mail.
Sur le premier point, cela semble en dehors de toute règle normale du droit du travail.
Les collaborateurs signent tous évidemment un contrat à chaque nouvelle législature.

Sur le badge d’accès à l’Assemblée nationale : certains collaborateurs en circonscription ne possèdent effectivement pas ce badge, mais ils sont minoritaires car ils viennent tout de même régulièrement à Paris et ont besoin de ce badge pour rentrer à l’assemblée nationale. C’est quand même bizarre, qu’ayant travaillé pendant tant d’années pour son mari, que Penelope Fillon n’ait jamais eu ce badge d’accès à l’Assemblée nationale.

Enfin concernant la boîte mail, ce n’est effectivement pas une preuve puisque la plupart des collaborateurs parlementaires utilisent uniquement la boîte mail de leur parlementaire.

3- la défense de François Fillon assure que Penelope Fillon effectuait pour son mari des relectures de discours, et répondait au courrier de ses électeurs. Mais pour bien connaître le travail des collaborateurs parlementaires, je sais que cette fonction va bien au delà. Le travail d’un collaborateur parlementaire consiste à aider à rédiger des amendements, des rapports sur des projets de loi, à rédiger des questions orales ou écrites au gouvernement, à faire des revues de presse, à alerter sur des sujets etc etc

Quand on connaît par ailleurs le niveau moyen de rémunération d’un collaborateur parlementaire, on voit que Penelope Fillon est bien au-dessus de ce niveau médian, alors qu’elle n’effectuait visiblement, d’après la défense, même pas la moitié d’un travail normal de collaborateur parlementaire.

Pour info, au Senat par exemple, le salaire moyen des collaborateurs parlementaires était de 4.114 euros brut en 2015. Les disparités sont fortes, avec des écarts allant de 1 à 7,4, soit une échelle de 1.019 euros brut pour un mi-temps à 8.106 euros.

Ils ne sont que 10 collaborateurs à toucher plus de 6 500€/mois, soit la fourchette de salaire de Penelope Fillon.
On retrouve les mêmes chiffres à l’assemblée nationale.

4- enfin certains affirment que si François Fillon n’avait pas employé sa femme, il aurait pu garder cette enveloppe financière pour lui.
C’est faux : si, jusqu’à une date assez récente, le règlement de l’assemblée permettait aux députés d’effectivement conserver pour eux un reliquat de cette enveloppe collaborateur parlementaire, ce reliquat ne devait pas excéder 6000 € par an.
On est donc loin, très loin, des somme payées chaque mois à Pénélope Fillon pendant des années.

François Fillon n’est pas le seul, et pas le dernier, à avoir employé sa femme et ses enfants comme collaborateurs parlementaires.

Il ne s’agit pas ici de prendre position pour ou contre ces emplois de collaborateurs familiaux, ni de descendre le candidat Fillon, mais simplement de rappeler certaines réalités.
Et de méditer ce proverbe africain : « quand on veut grimper au cocotier, il faut avoir le cul propre »

Perrine Tarneaud

Rédactrice en chef Public Sénat

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