Non à Marine Le Pen ! / Philippe Di Nacera

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Dans la campagne présidentielle française, l’essentiel est bien en jeu, à l’occasion du second tour de scrutin. La France va -t-elle rompre avec ses valeurs humanistes universelles qui ont fait ce qu’elle est?

Il y avait bien longtemps, depuis l’installation définitive de la République à la fin du 19ème siècle, que la France n’avait été à ce point coupée en deux, par des aspirations aussi radicalement opposées dans le pays. Même les affrontements Giscard-Mitterrand, Mitterand-Chirac, Chirac-Jospin, Sarkozy-Hollande, pour ne pas remonter plus loin, aussi brutaux étaient-ils dans le champ politique, n’étaient rien à côté de ce que nous vivons actuellement car la conception même du pays, ses valeurs, son rôle en Europe et dans le monde, partagés par tous, n’étaient pas discutés.

Or ce n’est plus le cas. S’affrontent, d’un côté, une France qui perpétue la tradition républicaine d’humanisme, d’accueil, d’universalisme, d’intégration dans un espace plus large, l’Europe. De l’autre, une France plus frileuse, nationaliste, repliée sur elle-même  et dans ses frontières, voulant sortir de l’Europe, rejetant les étrangers, considérés comme à l’origine de ses maux. Deux conceptions que Madame Le Pen résume ainsi : une France mondialiste et « européiste » contre une France des patriotes et des nationalistes.

Ce constat confère à l’élection présidentielle actuelle, dont le second tour se tient dimanche 7 mai, un enjeu crucial. Si Marine Le Pen est élue, la France ne se reconnaîtra plus elle-même dès lundi matin. Alors que dire à l’étranger, en Amérique, en Afrique?….

L’ancien Président américain, Barack Obama, a apporté hier, dans une vidéo, un soutien appuyé à Emmanuel Macron. C’est un fait inédit qu’une personnalité politique étrangère de première importance prenne ainsi parti dans une élection présidentielle française. Cela prend une dimension supplémentaire par ce que cette personnalité porte de symbole. De quoi parle Barack Obama? De valeurs, libérales (au sens américain du terme) et démocratiques, communes à la France et aux Etats-Unis, qu’il faut préserver. Serait-il sorti de son silence si elles n’étaient en jeu?

Vue d’Afrique, l’élection de Marine Le Pen, ne « dit trop rien » à nombre de personnes. Après tout, elle ou un autre, l’Occident reste l’Occident, et l’ancienne puissance coloniale, un pays qui cherche à exploiter ses anciennes possessions. Alors, pourquoi pas elle, c’est d’abord et avant tout le problème des Français, pas le nôtre. Et même, madame Le Pen pourrait nous arranger. Elle ne veut tellement pas de nous en France, qu’elle pratiquerait une politique d’aide massive au développement pour que nous restions chez nous…. Il faut se détromper.

Elle n’aurait pas les moyens de sa politique. La sortie de l’Europe et de l’Euro aurait des conséquences économiques si néfastes, à savoir un appauvrissement généralisé des français et de l’Etat français, que la France ne pourrait rien faire de plus pour l’Afrique. Sans parler de la position délicate dans laquelle se trouveraient nombre d’africains vivants en France. Il faut reconnaître que cela n’est déjà pas facile pour eux. Mais le rejet de tous ceux « qui ne sont pas français », même si des documents officiels disent le contraire, serait pénible à vivre.

L’enjeu est, on le voit, pas uniquement français, il est mondial. Le Pen ou Macron, pour la première fois depuis longtemps, ce n’est pas du pareil au même. Ce sont deux visions opposées, inconciliables, des Français, de la France, de sa place et de son rôle sur la carte du monde. Le débat d’entre-deux tours a été à cet égard édifiant pour qui veut bien regarder. D’un côté – Le Pen – anxiogène, une agressivité non contenue, des procès d’intention, des insinuations, des mensonges volontaires, assortis d’un vide sidéral quant au contenu des propositions faites et une rupture totale avec les valeurs de la France ; de l’autre – Macron – tentant de s’expliquer au fond devant les Français, avec la volonté de conduire une politique, quelle qu’elle soit, dans le respect de nos valeurs traditionnelles. François Mitterrand, à la fin de son second mandat, avait effectué une tournée « d’adieux » en Europe, en forme de testament politique. Lors de son dernier discours au parlement européen, il avait fortement exprimé sa conviction : « Le nationalisme, mesdames et messieurs les députés, c’est la guerre! »

Madame Le Pen dit vouloir retrouver la France éternelle. En réalité elle lui tourne le dos. C’est pourquoi l’engagement, impérieux dans les heures graves, qui s’impose à tous, s’impose à nous. Non à Le Pen!

Philippe Di Nacera

Directeur de la publication

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