DOSSIER MONT PEKO / Parc du Mont Péko- Le gouvernement chasse les clandestins, des ivoiriens victimes, dans le dénuement total

Alerte à la crise humanitaire ! Jusque là, les regards et discours se sont focalisés sur des infiltrés burkinabè qui cultivaient le café et le cacao dans le parc national du Mont Péko. Nous sommes dans l’ouest ivoirien, à 500 Km d’Abidjan.

Kouakou Koffi Albert est le chef d’Albertkro, un village riverain du parc du Mont Péko. Ce mardi 16 août, il est avec ses compatriotes au chef-lieu de la sous-préfecture, Bagohouo où l’organisation humanitaire, IRC (International rescue commitee, secours danois) procède au recensement des déguerpis du parc. Assis en rang, les regards hagards, ces planteurs se demandent ce qui leur arrive.
« Je suis le chef d’Albertkro. Nous sommes au village ici en recensement car nous avons été chassés de notre village qui n’était pas dans le parc mais riverain. Nos plantations non plus n’étaient dans le parc. Nous sommes arrivés en ayant tout perdu dans les incendies de maisons, nous sommes ici à ne rien faire et cela nous désole. Il faudrait que l’Etat soit regardant sur notre sort » relate Kouakou Koffi Albert, un ivoirien, baoulé de Bocanda.

Comme lui, des Guéré, ethnie autochtone dont des villages existent aux abords du parc depuis la période coloniale mais qui sont « réfugiés » à Bagohouo. Parmi ceux-ci, le chef de village de Bagohouo, absent au passage de PolitikAfrique.info. Des planteurs baoulé sont arrivés dans cette région dont les autochtones sont les Guéré. Ils y sont intégrés et ont leur chef de communauté. Dans ce gros bourg érigé en chef-lieu de sous-préfecture, l’intermède de la passion de la crise est passé.

Avec sa forêt luxuriante, la région du Guémon est convoitée par les planteurs de café et de cacao qui y recherchent des terres fertiles pour le binôme, support clé de l’économie ivoirienne.
Mais, si Bagohouo a fait parler de lui, c’est à cause du non moins célèbre, Amadé Ouérémi, ce jeune mécanicien, burkinabè devenu supplétif des FRCI durant la crise postélectorale de Mars 2011. Il est accusé d’exactions sur les autochtones Guéré et sa tête, mise à prix a été obtenue. Il séjourne derrière les barreaux à la prison de Dimbokro.

L’ex-milicien, Amadé Ouérémi, arrêté par les FRCI le 18 mai 2013, avait favorisé l’exploitation d’une partie du parc, à outrance par ses compatriotes burkinabè.  « Les burkinabè installés dans le parc nous narguaient, nous les planteurs Baoulé, nous faisant savoir que nous ne pouvons travailler la terre mais surtout la forêt du parc. Qu’allez-vous faire avec 2 à 3 ha de plantation ? Nous interrogeaient-ils, nous rentrons dans le parc pour faire de grandes superficies et nous achèterons des voitures » raconte Bassa Konan, croisé sur le pont qui traverse la rivière « Sonh », à 300 m du village. Et de préciser que « dans les destructions de biens, je n’ai perdu que mes maisons sinon je vis au village (Bagohouo) depuis trois ans. Depuis 1996 que je suis arrivé ici, nous n’avons jamais pénétré la forêt du parc » renchérit-il. Avec une jeune fille Guéré, il plaisante, faisant savoir que « si nous restons à ne rien faire, le gouvernement nous dédommagera ».
Si les projecteurs étaient jusque là braqués sur les illégaux occupants du parc national du Mont Péko, la chasse à l’homme a dévoilé les ivoiriens, autochtones Guéré et ressortissants Baoulé, concernés. En cause, la délimitation.

La notabilité a bien voulu décrire la situation qui prévaut actuellement dans la localité. La tâche incombe au notable Jacques Bah, chargé des ONG et de l’éducation. « Depuis deux semaines, nous avons accueilli nos frères du parc du mont Péko à Bagohouo. Il n’y avait pas de site réservé mais nous avons déployé la solidarité africaine pour recevoir ceux que nous pouvons. Les frères burkinabè qui sont avec nous ici ont recueillis d’autres. Bien avant leur arrivée, le chef a mené la sensibilisation » indique le notable, président du comité de gestion des affaires du village, pour la permanence en cours.

Les problèmes, qui imposent à IRC de secourir ces planteurs dont on n’a jamais parlé, focalisant le débat sur les non nationaux qui, eux, ont intégré le parc, sont nombreux. « Les vivres et les médicaments manquent, le centre de santé est éprouvé et les déguerpis arrivés, dorment pour certains à la belle étoile dans des conditions difficiles, dans des maisons sans toits, les puits et les deux pompes ne peuvent répondre aux attentes de la population qui a atteint 11000 habitants. Avant, il n’y avait que 6000 âmes. La défécation à l’air libre dans la brousse pose aujourd’hui un problème d’hygiène publique et le souci des derniers jours, à l’approche de la rentrée, est la scolarisation des nombreux enfants. Albertkro avait une école de six classes. Tous ces enfants, écoliers sont là. C’est sûr qu’il va se poser un problème d’enseignants et de salles de classe. Avec cette affluence, l’insécurité se pose surtout que Bagohouo est toujours sans électricité » énumère le notable Jacques Bah.

Ce point fait, Yabao Alassane qui est le porte-parole des planteurs déguerpis tient à préciser que « le gouvernement nous avait informé que nous devrions quitter les sites le 30 juillet mais les éléments de l’OIPR sont arrivés le 27 juillet » tient-il à relever. Lui aussi porte le souci des familles avec les écoliers sur la conscience. Il mentionne que pour l’heure, « aucune autorité consulaire ni diplomatique » de leur pays d’origine « n’est passée nous voir ». Les habitations sont faites de terre battue ou en banco. Pratiquement, l’invasion de Bagohouo a créé un nouveau quartier, derrière le bureau de la sous-préfecture. « Nous demandons au gouvernement d’aider à la scolarisation des enfants » plaide-t-il. Pour la notabilité, « la question du parc du Mont Péko concerne tout le monde ».

Délimitation, OIPR indexée

Le patriarche  Gabriel Guéï relate pour PolitikAfrique.info l’histoire de ce parc de 34000 hectares. Avant la colonisation et jusqu’au tracé de la nouvelle délimitation par l’office ivoirien des parcs et réserves (OIPR). Celui qui évoque ce souvenir a 80 ans. « Ce sont les Blancs qui nous ont amené vers la route. Avant que Bagohouo ne soit créé, les Blancs n’étaient pas encore arrivés. Face aux attaques des Malinkés, nos parents ont décidé de s’unir. C’est ainsi que nous avons traversé la rivière « sonh » pour nous retrouver à Nidrou. C’est Tého Séa qui est le créateur de ce village. Nos parents avaient réservé la forêt du Mont Péko car elle avait un usage sacré » raconte le patriarche.

Gabriel Guéï fait savoir qu’une partie du patrimoine culturel et social, à savoir les masques, les « Glahé » demeure dans le parc du mont péko, une partie de ce peuple. « Nous connaissons les espaces adorés par nos parents, si la forêt est effectivement libérée, nous reprendrons les rituels » fait savoir le vieux Guéï. « Nous saluons la décision du gouvernement, nos éléphants et les animaux que nous adorons, partis vont revenir » se réjouit la voix des masques auprès de la collectivité villageoise. Cette libération est donc saluée par les villageois, autochtones, quoique s’estimant victimes de la chasse aux burkinabè. « C’est pour nous, autochtones, un espoir, une satisfaction » relève Gabriel Guéï.

« Du temps de Félix Houphouët-Boigny, l’OIPR a fait une délimitation autre que celle faite par le colonisateur et que nous avons jusque là respecté » relèvent les ivoiriens.
PolitikAfrique.info a sollicité l’OIPR pour se prononcer sur ce grief relevé un peu partout. Silence radio. « Il faut le Ok du Directeur Tondossama mais, en tant que force paramilitaire, les agents de l’OIPR sont assujettis à des procédures » fait savoir une source.  Loin de Bagohouo, il y a le cas flagrant des villages de Bouobly, sous-préfecture de Djézon et Djebly, dans la sous-préfecture de Bléniméouin. Ces deux villages sont divisés en deux avec une partie qui serait derrière la fameuse limite rouge de l’OIPR donc à démolir. La chasse aux squatters du parc du mont Péko génère, dans le silence des feuillages de cacaoyers, loin des regards, en dépit d’un voyage du ministre Mariatou Koné, de la Solidarité, de la Cohésion et des Victimes de Guerre, le 4 août dernier à Bagohouo, des inquiétudes.

Le gouvernement a réussi à assainir le parc où il y a encore les plantations qui font l’objet de vols répétitifs comme le confirme une victime ivoirienne qui a vu dix de ses régimes de bananes disparaître. Pourtant, des barrages de sécurité empêchent l’accès à la forêt. Qui sont-ce les filous de la nuit ?  Après avoir chassé burkinabè et dans la vague répressive, des ivoiriens, le gouvernement traîne les pas face à la crise humanitaire qui en découle. La parole donnée n’a pour l’heure connue aucun début d’exécution. A preuve, IRC est obligée de faire le travail de l’Etat souverain de Côte d’Ivoire.

Adam’s Régis SOUAGA

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