Parité en politique, La peine des journalistes ivoiriens pour faire entendre les  femmes

La couverture médiatique des femmes dans la vie politique n’est pas chose aisée en Côte d’Ivoire. Du moins si l’on s’en tient aux témoignages des acteurs des médias. Pour y remédier l’Institut Panos Afrique de l’Ouest annonce la mise en œuvre du projet « femmes, occupez les médias ». Ce projet prend également en compte les questions liées aux violences basées sur le genre et à l’autonomisation de la femme.

Danielle Tagro, journaliste ivoirienne, couvre l’actualité politique dans son pays depuis plus de dix ans. Elle témoigne de la difficulté des médias pour faire intervenir les femmes politiques et les femmes sur des sujets d’ordre politique. « Elles sont plutôt timides, une timidité qui frise la peur à la limite. Vous les interrogez le matin, et lorsque vous êtes au bouclage en soirée pour la presse papier, elles vous demandent de ne pas publier l’interview au prétexte qu’elles ne voudraient pas avoir de problèmes. J’ai plusieurs fois été confrontée à ce cas », dénonce Danielle Tagro.

La journaliste se remémore une anecdote impliquant une ancienne candidate à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. « 7 minutes après le démarrage de l’entretien, elle me demande d’arrêter l’enregistrement. Elle a même pris le soin de vérifier si le dictaphone est éteint avant de poursuivre la conversation en changeant de sujet. Elle a commencé à me parler de ma tenue vestimentaire qu’elle appréciait ce jour là, et que ce style est aussi adopté par ses filles. C’est un grave problème. Les femmes politiques  sont intelligentes, charismatiques, mais très souvent muettes quand on leur tend le micro », commente l’interlocutrice.

Comme Danielle Tagro, plusieurs journalistes affirment être confrontés à ce genre de difficultés. Lorsque les femmes politiques s’expriment, elles souhaitent parfois garder l’anonymat. Par contre, certaines s’expriment à visage découvert, mais ne seraient pas nombreuses, à en croire des acteurs de médias.

Cette réalité concerne également certains pays de la sous-région ouest-africaine. C’est l’état des lieux dressé par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest.

Pour y remédier, l’institut déploie le projet « femmes, occupez les médias »  en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger et au Sénégal. En plus de la représentation médiatique, le projet s’intéresse aux violences basées sur le genre et à l’autonomisation de la femme.

Un atelier stratégique de lancement est prévu les 29 et 30 juin à Abidjan pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire.

Lucien Houédanou, coordonnateur du projet en Côte d’Ivoire, contacté par politikafrique.info,  annonce une cinquantaine de participants à cet atelier. « Le projet prévoit une interaction entre les organisations de défense des droits des femmes et les médias. Nous attendons  des  journalistes, des associations professionnelles, des organisations de défense des droits de la femme et les religieux », indique-t-il.

Les autorités gouvernementales en charge des questions de femme et de média ainsi que les guides religieux sont annoncés à ce rendez-vous.

En matière de participation politique des femmes, la Côte d’Ivoire occupe le 121e rang sur 190 au niveau mondial et le 43e rang africain sur 54.

Nesmon De Laure
Source : politikafrique.info

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