Présidentielle française : la farce! / Philippe Di Nacera

Le monde regarde avec incrédulité le spectacle pitoyable de la classe politique française, si prompte à donner des leçons à la terre entière, durant cette campagne présidentielle.

Résumons d’abord les faits car, selon l’expression aujourd’hui consacrée, « c’est complessssss ».

Le candidat de la droite française, François Fillon, est issu, pour la première fois de l’histoire de ce courant politique, d’une élection primaire au sein de son camp. Une élection qu’il a brillamment remportée au second tour face à son concurrent longtemps favori, Alain Juppé, avec 60% des voix. Vainqueur inattendu, la dynamique créée par cette victoire, ajoutée au principe d’alternance dont les français se sont fait une spécialité depuis les années 80, rendait le candidat des Républicains quasiment imbattable. Et puis, patatras, tout s’est gâté avec le dévoilement de l’affaire de l’emploi présumé fictif de son épouse (et de ses enfants), comme assistante parlementaire, lorsqu’il était député et sénateur. Emballement judiciaire, emballement médiatique, emballement politique. La campagne présidentielle de François Fillon, mais aussi celle de tous les autres candidats, est devenue aussitôt inaudible. Tout, les programmes, les idées, la vision du pays pour les cinq ans à venir, passe dès lors au second plan. Une seule question, débattue du matin au soir et du soir au matin, dans tous les journaux, sur toutes les radios, sur toutes les chaînes de télévision : Fillon, convoqué par la justice pour être mis en examen (inculpé) le 15 mars prochain peut-il rester le candidat de la droite à la plus haute fonction de l’État?

Il y a les « contre », de plus en plus nombreux, particulièrement dans son camp, les « pour », surtout lui-même, et un carré de fidèles. Mais, qui pourrait le remplacer au pied levé? Qui pourrait se prévaloir d’une légitimité aussi importante que le candidat élu? Juppé, arrivé en deuxième position à la primaire? Un jeune loup du parti? Et aussi, quelle procédure employer pour désigner un nouveau candidat? Une nouvelle primaire? Une désignation par les instances dirigeantes du parti? La pièce qui se joue depuis trois semaines, publiquement et en coulisses, est digne des pires productions du théâtre de boulevard. Défections, retournements, mensonges, bluffs, hypocrisie, calculs à court, moyen, long terme, tout y passe, devant les yeux effarés des français qui n’avaient jamais vécu cela. Pour finir, ce lundi 6 mars au soir dans une unanimité de façade, « la famille » décide finalement de renouveler « toute sa confiance » et « tout son soutien » à son candidat François Fillon. L’annonce est faite, main sur le cœur, trémolos dans la voix, par le Président du Sénat, 2ème personnage de l’Etat, Président du comité politique des Républicains, premier soutien à François Fillon, premier à l’avoir lâché en coulisses. Il faut bien sûr entendre, dans cette déclaration, « on n’a trouvé ni la personne ni la procédure qui auraient permis de changer le candidat ». Fillon reste. Fin de l’histoire. Mais Fillon va perdre. Du moins on l’espère. Le spectacle de ses petitesses, ses contradictions, ses atermoiements, ses mensonges, est lamentable pour un homme qui veut être un homme d’Etat. Certes, il a fait montre de solidité dans l’adversité. Un point pour lui. Mais ce n’est pas la seule qualité que l’on attend d’un Président. Quel exemple donne-t-il lorsqu’il se présente comme candidat le plus propre et se retrouve mis en examen pour détournement de fonds publics? Quel exemple donne-t-il lorsqu’il explique que tout homme politique doit démissionner lorsqu’il est mis en examen car même en considérant la présomption d’innocence, le seul soupçon l’empêche d’assumer sa tâche, et qu’il se refuse à appliquer ce précepte d’évidence lorsque cela le touche lui, sous prétexte qu’il se dit innocent? Quel exemple donne enfin son obstination qui n’a eu pour effet que de mettre sa famille politique en miettes et de transformer le vainqueur assuré de cette présidentielle en perdant certain?

Je n’ai rien et jamais rien eu contre ce monsieur qui a occupé, et dignement jusque-là, des fonctions importantes en France. Mais là, il faut bien reconnaître que Monsieur Fillon a transformé le scrutin le plus important pour la France en farce lamentable. En trois semaines, le candidat de la droite a menti plusieurs fois, a renié sa parole, a reconnu à trois reprises avoir mal géré cette situation…. vous lui donneriez les clés du pays, vous? Moi non.

Philippe Di Nacera
Directeur de la publication

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