Recrutement au CAFOP niveau BEPC- « Cette politique ne règle rien, la qualité de l’enseignement sera altérée »

Le recrutement des instituteurs avec le niveau BEPC comme l’a décidé le gouvernement n’est pas apprécié de tous en Côte d’Ivoire.

Le Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (MIDD), la plus grande organisation syndicale dans le primaire ivoirien, y est opposé. « Nous interpellons les autorités parce que cette mesure ne nous convient pas », a fait savoir Mesmin Comoé, le secrétaire général du MIDD joint par Politikafrique.info. 

Le concours de recrutement des Instituteurs adjoints, avec le niveau BEPC, était suspendu en Côte d’Ivoire depuis quatre ans. Courant novembre 2016, il a été réactivé par le gouvernement et rentrera à nouveau en vigueur à partir de cette année 2017. Pour Pascal Abinan, ministre de la Fonction publique, l’objectif est de palier « le déficit d’enseignants » qui persiste dans le système éducatif national et au-delà, contribuer à matérialiser « la politique de l’école obligatoire jusqu’à 16 ans ». 

Kouyaté Abdoulaye, le Chef de Cabinet du ministre de l’Education nationale, lui, justifiait le retour de ce concours par le souci de maîtrise de la « masse salariale ». « Les instituteurs ordinaire (IO), sont beaucoup plus chers. Est-ce que par rapport à la politique de scolarisation obligatoire jusqu’en 2025, l’Etat pourra tenir le coût au plan salarial ? », s’était-il interrogé en novembre 2016 à la tribune du quotidien « L’Expression » dénommé ‘’Les Grands rendez-vous de l’Expression’’.

Le secrétaire général du MIDD qui n’approuve pas ce recrutement y voit plutôt une source de difficultés à long terme. « Si pour des questions économiques, on veut recruter des enseignants moins chères pour faire des économies d’échelles, à terme ils vont revendiquer le même salaire que les autres instituteurs dits ordinaires ; parce qu’on fait absolument le même travail. Ils pourront bloquer l’appareil. On pense aussi qu’il ne faut pas altérer la qualité de la formation », commente-il.

Mesmin Comoé estime qu’il faudrait s’en tenir à la réforme du relèvement du niveau de recrutement du CAFOP sessions 2013 », contenue dans une communication adoptée en conseil des ministres du 10 octobre 2012. Laquelle « autorise les titulaires du diplôme du Baccalauréat ». Et « permettra entre autres de relever le niveau de formation des formateurs de l’enseignement préscolaire et primaire, et de donner aux apprenants une formation de qualité et de relever le taux de réussite dans l’enseignement préscolaire et primaire ».

Dr Memon Fofona, Enseignant-chercheur à l’UFR des Sciences Sociales à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo, partage l’avis du syndicaliste Mesmin Comoé. Il explique que cette décision gouvernementale pose un problème sérieux dans un futur lointain au plan scientifique. « Quand on dit qu’on veut recruter des instituteurs niveau Bepc, il faut d’abord se demander quel est le niveau  d’un élève qui a le Baccalauréat. Pour moi, cette décision montre que l’Etat ivoirien risque de produire des déchets sociaux. Beaucoup de titulaires du BEPC et du BAC écrivent difficilement une phrase correcte. Combien de temps  faudra-t-il pour les former au CAFOP. Dans 10, 20 voire 30 ans, quel sera le niveau de nos enfants ? Je pense que c’est une décision politique qui n’a rien à voir avec la science, ni  avec le besoin d’élargir la base de la pyramide des instituteurs. Il faut plus de respect  aux parents d’élèves », estime l’universitaire.
Ce sont 5000 enseignants du primaire qui seront recrutés à travers ce concours. Déjà ouvert du reste.

Achiro Moise 
Source : La rédaction Politikafrique.info 

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