Que signifie le mot « EMERGENCE » / Christian Gambotti

Cette Tribune (1), consacrée à l’ « émergence », m’a été soufflée par le commentaire posté sur le site de Politikafrique.info par Fleur d’Olympe, depuis Oumé, ville située à 250 kms d’Abidjan, dans la région des producteurs de cacao et du café. Selon Fleur d’Olympe, – et elle a raison -, chacun, en effet, emploie le mot « émergence », parle des « pays émergents », sans trop savoir ce que recouvre concrètement, pour un pays, un peuple, la notion d’« émergence ».

    Partons d’une définition simple : emprunté à la physique, le mot « émergence » signifie la sortie hors d’un milieu d’une manière soudaine. Exemple : « émerger » hors de l’eau. Par extension, on parlera de l’apparition soudaine d’une idée, d’un fait social, économique, politique. L’idée de soudaineté du phénomène est importante, comme l’apparition soudaine de l’islamisme politique (2) au XXIè siècle. C’est bien l’idée d’apparition soudaine d’un fait que recouvre le sens figuré du mot « émergence ».

   Un « pays émergent » est donc un pays qui sort du sous-développement pour prendre sa place dans les échanges internationaux. La banque d’affaires Goldman Sachs, – devenue tristement célèbre -, parle, en 2001, de « pays émergent », à propos de quatre pays, considérés comme des puissances pauvres – le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (BRIC) -, en raison de leur énorme potentiel en matière de croissance économique. Ces pays ne font pas partie des pays les moins avancés,  mais leur apparition sur la scène internationale comme acteurs majeurs de l’économie est récente, comme est récente, dans ces pays, l’élévation du niveau de vie et la transformation sociale avec l’apparition d’une classe moyenne capable de consommer.

  Que faut-il retenir ? Un « pays émergent » dispose d’un formidable potentiel économique dont les leviers sont : des richesses naturelles, des capacités technologies, un réservoir de  de main d’œuvre. EN 1996, le Centre D’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) définissait à partir de trois critères le concept de pays émergent :

  • un niveau de richesse (revenu moyen par tête en 1996 inférieur de 70% au niveau moyen des pays de l’OCDE) ;
  • une participation croissante aux échanges internationaux de produits manufacturés (croissance des exportations de produits manufacturés supérieure de 2% par an à la croissance des échanges mondiaux) ;
  • une attraction exercée sur les flux internationaux de capitaux (rôle des places financières).

   De nouveaux critères viennent préciser le concept de « pays émergent » : taux de croissance de 7 à 8 %, cadre macroéconomique conforme aux normes internationales et environnement institutionnel consolidé avec un rôle stratégique de l’Etat, stabilité politique, croissance inclusive. Tous ces critères conduisent naturellement vers une ouverture sur le monde dans le cadre du libre-échange. Cette vision de l’économie internationale, acceptée par la Chine, est désormais dominante dans le monde.

  Les étiquettes sont commodes, mais chaque pays représente un cas particulier et les pays « émergents » sont pluriels, comme l’Afrique, avec 54 Etats, est plurielle. Le point commun est alors le suivant : les pays émergents participent de plus en plus aux échanges commerciaux internationaux. Si, l’on examine tous les critères, la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui est en capacité d’atteindre, en 2020, l’objectif de l’émergence. Il reste un pas supplémentaire à franchir, celui qui conduit au statut de pays développé. Tel est le programme pour les années 2020-2030, loin des « chicailleries » de la vieille politique, dont les « noyaux durs » de chaque camp sont encore les porte-parole.

  C’est donc sur ce thème que doivent se préparer tous ceux qui aspirent à être candidat en 2020. Quelles seront leurs propositions en matière de création d’emplois, industrialisation du pays, équilibre des territoires, partage des fruits de la croissance ? Les années 2011-2020 auront permis de bâtir des fondations solides qui font de l’émergence une réalité palpable, visible. L’année 2020 s’ouvrira sur de nouveaux défis, ce qui suppose des majorités stables, une opposition responsable, une société civile organisée et des institutions confortées dans leur rôle au service de l’intérêt général et des principes de bonne gouvernance.

            La notion d’« émergence » ne nous renvoie pas seulement aux réalités économiques, c’est une notion transversale dont les effets impactent tous les secteurs de la société.

                                                                       Christian Gambotti

                                                                       Directeur général de l’Institut Choiseul

                                                                       Directeur de la collection L’Afrique en marche

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  • Cette Tribune paraît simultanément dans Politik Afrique.info, le quotidien L’Intelligent d’Abidjan et le site Afriki Presse.
  • Al Qaïda, fondé en 1987, organise, aux Etats-Unis, l’attentat le plus retentissant le 11 septembre 2001 ; Boko Haram est formé en 2002 ; l’Etat islamique, proto-Etat totalitaire est créé en 2014.

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